A l’heure de la sobriété généralisée, qu’est-ce qu’un “leadership sobre” ? La question était posée à Youssef Achour, président de la coopérative Groupe Up (ex-Chèque Déjeuner), lors des “Université d’été de l’économie de demain” (UEED), organisées par le mouvement Impact France. C’est un leadership qui vise à « faire fonctionner les entreprises de manière différente », explique à Mediatico le président de cette “Société coopérative de production” (Scop), qui compte près de 3.500 salariés.

« Au Groupe Up, affirme-t-il, le leadership partagé nous le pratiquons depuis 58 ans ». Ainsi, Youssef Achour a été élu à la présidence par le Conseil d’administration, lui-même élu par les salariés de la coopérative. Un processus où « chaque salarié sociétaire est impliqué et engagé, où chaque salarié a un rôle dans la façon dont l’entreprise est gouvernée » et qui entraîne de fait un processus de responsabilisation global.

Une Scop à mission en 2023 ?

Avec cette gouvernance partagée, où « le dialogue social est au cœur du dispositif pour que les décisions soient portées par toutes les équipes », affirme-t-il, le groupe ambitionne aujourd’hui de rejoindre la communauté des entreprises à mission en 2023. Et ainsi de devenir la première coopérative à mission de France. Introduite en 2019 en France avec la loi Pacte, la démarche des entreprises à mission consiste pour une entreprise à affirmer sa raison d’être et à définir une mission sociétale qui va au-delà de ses objectifs de rentabilité.

Mais une société coopérative n’aurait-elle pas déjà, par nature, une raison d’être liée à l’intérêt général ? Ne serait-elle pas dotée intrinsèquement d’une mission sociétale déjà bien définie ? L’objectif du Groupe UP est « d’aller plus loin, si nous voulons que la stratégie RSE soit portée par tous », assure Youssef Achour. En d’autres termes, se transformer en Scop à mission permettra au groupe UP de réinterroger l’ensemble de ses parties prenantes sur les objectifs de l’entreprise et, ainsi, de « donner plus de sens à la coopérative et à son fonctionnement en développant des produits qui facilitent le lien entre les personnes », explique le président du groupe.

L’ESS doit « peser dans le développement de la région Île-de-France »

En parallèle, Youssef Achour a également pris la tête de la Chambre régionale de l’économie sociale et solidaire en Ile-de-France (CRESS IDF) depuis avril 2022. Il a donc succédé à Éric Forti, que nous avions reçu récemment dans notre émission “Ess On Air” (revoir l’émission). En tant que nouveau président de la chambre régionale de l’ESS, Youssef Achour a proposé un plan d’action « qui vise à faire en sorte que l’ESS soit plus représentative de la diversité de ses adhérents ». Il regrette notamment un « manque de visibilité et de lisibilité » de l’ESS en Île-de-France, une région où près de 30.000 structures de l’ESS sont présentes et « pèsent plus de 10 % de l’activité économique ».

Le cumul des fonctions peut questionner, notamment lorsque l’on dirige l’un des plus grandes coopératives de France. Youssef Achour, qui était auparavant président-directeur général du Groupe Up, a proposé de dissocier les fonctions de président et de directeur général. C’est ainsi que Julien Anglade a pris la direction générale du Groupe Up (voir son interview à Mediatico en juin dernier). Quant à Youssef Achour, il ajoute que cela lui tenait à cœur de s’investir dans de nouvelles missions en faveur de l’ESS, convaincu d’une chose : « Ce qui sera bon pour l’ESS sera bon pour le Groupe Up, et ce qui sera bon pour l’ESS, sera bon pour la société ».

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