Sans le savoir, Elisabeth Borne vient de faire un gros coup de pub aux Universités d’été de l’économie de demain, qui s’ouvrent demain matin sur le slogan « Sobriété, j’écris ton nom ». Forte de sa popularité en hausse, Elisabeth Borne vient en effet d’appuyer fortement sur l’accélérateur de la transition écologique.

Après l’été caniculaire, Emmanuel Macron avait planté le décor dès mercredi dernier, en appelant à « la fin de l’abondance, la fin de l’insouciance », non sans faire polémique dans l’opposition. Pour sa part, la Première ministre avait alors annoncé la création d’un fonds vert de 1,5 milliard d’euros, dont on ne connaît pas encore les modalités de financement, pour aider les collectivités locales à réhabiliter des friches urbaines, à rénover les bâtiments publics, bref à faciliter leur transition écologique.

Mais ce lundi, devant l’université du Medef, la Première ministre a prôné la sobriété énergétique tous azimuts : elle demande aux entreprises de réduire leur consommation énergétique de 10% dans les prochaines semaines, pour relever un triple défi : lutter contre la crise énergétique, contre l’inflation importée, et contre le réchauffement climatique. Voilà qui va réjouir le Mouvement Impact France et ses partenaires – dont Mediatico – qui plaident pour une autre façon de concevoir l’économie de demain, pour un changement de modèle, une inversion de la courbe du changement climatique et la préservation du capital naturel et humain.

Pour autant, les entreprises accepteront-elle vraiment, à la demande de la Première ministre, de faire preuve de sobriété dans leur consommation de ressources énergétiques, minières ou naturelles ? Cela n’ira pas de soi, même si « ces questions sont déjà au cœur des réflexions des entreprises », relève notre confrère Les Échos. Mais, trop souvent, c’est pour répondre à des enjeux économiques, et non par conviction d’œuvrer au bien commun et l’avenir de la planète. Voilà qui nous fait bien défaut.

Plusieurs secteurs industriels sont donc prêts, n’en doutez pas, à entrer en résistance à bas bruit. Enedis relève que les industries les plus énergivores sont le papier-carton, l’agro-alimentaire, le caoutchouc, le plastique, la métallurgie et l’industrie chimique. Un poids économique considérable : la bataille des lobbies va commencer. « Baisser la consommation de 10 %, ce n’est pas impossible mais c’est significatif. Il faut pouvoir le faire, tout le monde n’est pas égal », affirme déjà le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux.

Mais pour tenir son engagement politique, Elisabeth Borne utilise une méthode : celle du fusil à deux coups. Premier coup, elle appelle les entreprises à la responsabilité et leur demande de mettre en place leur propre plan de sobriété énergétique dès le mois de septembre. Chantres de l’autorégulation pour éviter toute réglementation, l’Afep et le Medef pourraient s’en réjouir. Mais elles cherchent à l’évidence déjà des stratégies alternatives. « Chaque secteur aura des objectifs de baisse d’émission de gaz à effet de serre et d’adaptation au changement climatique et devra définir une liste d’actions très concrètes à mener », a en effet précisé la première ministre. Sinon quoi ?

Sinon viendra le temps du second coup de fusil. En cas d’efforts insuffisants, des mesures de rationnement pourraient être nécessaires, a-t-elle prévenu. Et plutôt rapidement : Elisabeth Borne a en effet donné rendez-vous dès octobre aux dirigeants d’entreprises afin de dresser « un premier bilan des plans de sobriété engagés ». Ces plans seront mis en regard avec les dernières prévisions des experts « et nous aurons une vision plus claire du risque de rationnement » avant l’hiver.

Voilà qui représenterait donc un tournant politique majeur en France, car jamais la menace d’une intervention de l’État au nom du climat n’avait été incarnée à si haut niveau jusqu’ici. En 2014, Ségolène Royal avait dû renoncer aux portiques écotaxe dédiés aux poids-lourds, qui habillent encore aujourd’hui nos autoroutes. En 2018, Nicolas Hulot avait démissionné pour cause d’inaction climatique et de perméabilité face aux lobbies. En 2022, l’injonction vient de Matignon.

Marlène Schiappa, qui était ministre en charge de l’égalité femmes hommes à l’époque de Nicolas Hulot, est aujourd’hui chargée de l’économie sociale et solidaire et de la vie associative dans le gouvernement d’Elisabeth Borne. La semaine dernière, elle moquait à l’envi sur Twitter de la proposition des écologistes d’interdire le remplissage des piscines par temps de canicule. « Interdire, taxer, interdire, taxer, interdire, taxer », raillait-elle. Sous l’impulsion d’Elisabeth Borne, les temps vont peut-être changer. Au sein même du gouvernement.


Elisabeth Borne – Quelques extraits du discours

« La transition écologique doit être désormais un critère central de chaque décision d’investissement, privé ou public. (…)

Certaines entreprises font déjà le choix de conditionner les salaires de leurs dirigeants à l’atteinte d’objectifs RSE, je vous invite à nous faire part de propositions ambitieuses pour que cette pratique devienne la norme. (…)

Toutes nos certitudes sont ébranlées, nous devons réagir, nous adapter, faire des transformations radicales dans nos façons de produire, de consommer et d’investir. L’heure n’est pas aux demi-mesures, l’heure est à la responsabilité collective. Chacun doit prendre sa part. C’est un défi historique. Ensemble, nous allons le relever ».

Elisabeth Borne, Première ministre – Université d’été du Medef / REF – 29/08/2022


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