3 questions à Hervé Gbego, 
Fondateur du cabinet Compta Durable

Vous auditez les rapports RSE des entreprises : la comptabilité  est-elle adaptée aux enjeux sociaux et environnementaux ?

La comptabilité est un outil politique, qui répond à ce que l’on souhaite mesurer. Elle est adaptée à la tendance « maintsream ». La question est : peut-on faire évoluer la norme et mesurer les choses d’une autre façon ? C’est ce que le cabinet Compta Durable essaie de faire avec la méthode CARE (Comptabilité Adaptée au Renouvellement de l’Environnement), qui revisite le bilan comptable des entreprises en pilotant deux autres capitaux, à côté du capital financier : le capital naturel et le capital humain. Cette méthode aide l’entreprise à bien identifier les capitaux utilisés pour son fonctionnement. Si une entreprise dégrade les sols, combien cela va-t-il lui coûter de les préserver ? Plus l’entreprise sera performante sur la préservation du capital naturel et humain, moins cela lui coûtera financièrement. Elle sera donc plus performante.

Que donne votre expérimentation en région Provence-Alpes-Côte-d’Azur ?

Nous avons réuni 10 entreprises volontaires : Pernod Ricard, Cemex, Auchan, Seramm, Xyleo… Les deux-tiers de la mission sont réalisés, les résultats sont attendus pour début 2020. Avec elles, nous recentrons les débats sur les vrais enjeux de l’entreprise : les impacts de l’activité sur le plan social et environnemental, les parties prenantes qui n’attendent aucun dividende, ou encore la notion de performance globale de l’entreprise. Enfin, en nous concentrant sur des indicateurs comme le capital atmosphère, le capital sol, le capital humain ou le capital santé par exemple, nous sortons des logiques de communication qui cherchent à justifier, en général de façon floue, les politiques de RSE.

Pourquoi parrainez-vous la chaire de Comptabilité écologique inaugurée ce mois-ci à l’Unesco ?

Les débats sont encore houleux entre les praticiens et les chercheurs sur ces questions. La chaire de Comptabilité écologique, qui rassemble les Universités de Reims, de Paris-Dauphine, AgroParisTech, ainsi que LVMH, le cabinet Compta Durable, la Caisse des Dépôts et l’Ordre des Experts-Comptables, va nous permettre de mener ensemble un travail de recherche pour obtenir un consensus. Ensuite, l’objectif est d’avoir une école française, voire européenne, sur ces débats : l’Europe a des choses à dire et une autre vision du monde à défendre. Enfin, cette chaire va nous aider à définir un futur cadre législatif, car nous débattons avec les politiques pour que la normalisation puisse avancer. En accord avec les entreprises, bien entendu, et pas contre elles.