Par Jean-Michel PASQUIER,
Fondateur de KOEO
(www.koeo.net)

François Hollande, a proposé, jeudi 5 février 2015, la mise en place d’un service universel pour les jeunes. Il pourrait aller beaucoup plus loin en créant, dans la foulée de la réforme de la formation professionnelle, un « service civique professionnel ».

Couplons très vite la réforme du service civique et celle de la formation professionnelle ! En ce début 2015, le DIF utilisé par 7% des salariés cède en effet la place au CPF, le Compte Personnel de Formation, qui ouvre au plus grand nombre, même aux apprentis de 15 ans, la possibilité de valoriser ses compétences et savoirs-faire tout au long de la vie.

Différence notable du nouveau dispositif, qu’il faut saluer : une sélection des formations beaucoup plus stricte et réaliste. Le CPF tend vers une véritable dynamique de valorisation des compétences, ce qui peut laisser espérer que la formation bouche–trou de fin d’année, souvent perçue par les salariés comme une RTT collective imposée, ne sera bientôt qu’un vieux souvenir. Bon point encore, le salarié récupère ses anciennes heures de DIF pour créditer son nouveau CPF. Il peut donc déjà capitaliser les heures précédemment dues. Il devient qui plus est le « pilote » de sa formation, grâce notamment à une plateforme numérique qui lui garantit un suivi plus direct et transparent.

Sauf que, lorsque l’on entre dans l’équation du financement, il y a comme un bug : avec près d’un milliard d’heures capitalisées par les salariés depuis 2004 et « réalisables » jusqu’en 2021, selon les textes, il faudrait d’ores et déjà que les entreprises provisionnent 40 milliards d’euros pour pouvoir les honorer. Sans même parler du contexte économique, pas sûr que les chefs d’entreprise soient enclins à cet investissement, qui semble surgir de nulle part.

Une idée pourrait satisfaire tout le monde.

Pourquoi ne pas dédier, pour chaque collaborateur, 8 heures de ce solde à une mission de mécénat de compétences au bénéfice de structures d’intérêt général, pendant le temps de travail et en accord avec l’employeur ?

Le bénéfice serait triple :

1. Chaque salarié pourrait découvrir et expérimenter le don de compétences pour une association locale.
2. Le monde associatif se verrait allouer un volant de ressources alternatives formidable pour développer ses projets, grâce à un apport gracieux d’expertise.
3. Les entreprises n’auraient pas à financer cash ces 8 heures de formation, désormais dédiées à la solidarité.

Pour cadrer la démarche, les pouvoirs publics pourraient présélectionner un nombre limité d’associations bénéficiaires, représentatives des enjeux sociétaux les plus cruciaux. A l’heure où l’exécutif veut légitimement renforcer l’impact du Service Civique, il pourrait créer un véritable Service Civique Professionnel, accessible à tous.

Jean-Michel PASQUIER, pour MEDIATICO.