Fondateur de Babyloan,
Premier site européen de prêt solidaire

Vous avez bien connu le monde de la finance dans une autre vie : qu’est-ce qui a changé selon vous depuis 2008 ?

Tout le monde a eu peur de la crise financière de 2008. La finance s’est rigidifiée, elle est devenue extrêmement procédurière, ce qui l’éloigne de l’économie. La crise financière a encore plus déshumanisé la finance. L’argent qui circule en masse ne va plus qu’aux agents économiques les moins risqués. Aujourd’hui, il faut encore plus montrer patte blanche qu’auparavant, avoir toutes les garanties possibles. Du coup, le financement de ce que j’appelle l’économie risquée, comme l’entrepreneuriat social, celui des jeunes, n’a pas progressé. Voire il a reculé. De mon point de vue, la crise financière de 2008 n’a rien changé, ou alors dans le mauvais sens. 

Dans quelles conditions avez-vous fondé le site de financement participatif Babyloan ?

Babyloan a été lancé 15 jours avant la faillite de Lehmann Brothers ! A l’époque, nous demandions aux personnes pourquoi elles s’étaient inscrites sur notre site. Les explications étaient : “Mon banquier est une ordure“, “Il n’y a que des pourris dans la finance“… Nous étions sur une forme de finance alternative, vécue comme une finance qui peut aider le monde, qui est impactante, qui n’est pas au service de ceux qui s’en sont mis plein les poches avant de faire faillite. Nous sommes dans une finance au service des autres, non pas des intérêts de quelques uns. 

Que faut-il faire pour donner plus d’importance à cette finance solidaire ?

Demain, il faut absolument que les pouvoirs publics promeuvent bien plus la finance solidaire, dont les montants ne représentent que 0,2% de l’épargne totale. Que faire pour atteindre un meilleur équilibre entre la finance classique et la finance solidaire ? L’enjeu est là. Les pouvoirs publics doivent promouvoir aussi l’investissement dans l’entrepreneuriat social, favoriser l’épargne solidaire, ou défiscaliser le prêt solidaire qui finance les petits bénéficiaires du micro-crédit. Tous les outils qui peuvent favoriser la finance solidaire sont les bienvenus. 

Propos recueillis par Juliette Loiseau

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