3 questions à Arnaud Poissonnier
Fondateur de Babyloan, site de financement participatif

Que pensez-vous du projet de “Banque européenne pour le climat” ?

C’est une idée qui a du sens. En Europe, pour la période 2020-2030, les prévisions évoquent 1.100 milliards d’euros à affecter à la lutte contre le réchauffement climatique. Les pays ne peuvent pas financer ces sommes colossales par les budgets habituels. Pour prendre une part efficace à la lutte contre le réchauffement, la France devrait affecter 50 milliards d’euros supplémentaires aux 35 milliards actuels, et cela chaque année. Une banque pour le climat permettrait d’investir dans le capital d’entreprises qui luttent contre le réchauffement climatique ou qui prennent part à la transition énergétique. Ce ne sont pas des investissements à fonds perdus : l’argent tourne. Étant un homme du micro-crédit et du crowdfunding, je connais l’efficacité de l’argent bien affecté, qui permet un effet de levier plus fort. Cette banque pour le climat me parait cependant de manquer d’un aspect fondamental : le traitement des conséquences sociales du réchauffement.

Entre l’écologie et le social, votre coeur balance ? 

Je suis un acteur de la lutte contre la précarité sociale, mais c’est une erreur d’opposer les deux luttes. L’homme est dans un état d’inconscience collective sur les dangers qui menacent la planète. Le réchauffement climatique a des effets désastreux et exponentiels. Mais ce constat est aussi valable dans le domaine social. Les deux sujets sont intimement liés. La taxe carbone a mis le feu aux poudres en France. Les charges des ménages ont augmenté et leurs budgets n’ont plus la même élasticité qu’auparavant. Le citoyen a l’impression que tous les efforts reposent sur lui. Il est d’accord pour lutter contre le réchauffement climatique, mais il n’est pas prêt à payer pour cela. Je pense que s’il faut passer le gazole à 2€ le litre pour que les gens n’aient plus envie d’en acheter, il faut le faire. Mais il faut aussi mettre en place des moyens pour compenser l’impact social du remplacement de tout ce qui est carboné. C’est à l’État de trouver les leviers de compensation.

Vous lancez une pétition suite à l’amende record infligée à UBS : pourquoi ?

J’ai lancé Babyloan il y a 10 ans et nous avons déjà permis de concrétiser près de 40.000 projets. Puis, le 20 février dernier, la banque suisse UBS a été condamnée par le tribunal correctionnel de Paris à une amende record pour incitation à la fraude fiscale. Je me suis demandé où allaient être affectés ces 3,7 milliards d’euros : ils me sont apparus comme un cadeau du ciel ! J’ai pensé qu’il fallait les utiliser habilement. Mon “utile” à moi, c’est la lutte contre l’exclusion et la précarité. Le 28 février, j’ai donc lancé une pétition** demandant à l’État français d’allouer cette amende d’UBS à la lutte contre les inégalités sociales. Nous avons déjà recueilli 25.000 signatures ! L’idée est de créer une enveloppe pour aider au développement des associations et des entreprises sociales qui luttent pour les plus démunis.

** La pétition de Babyloan pour l’affectation de l’amende d’UBS à la lutte contre la pauvreté


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