3 questions à Meriem Benslama
Directrice du Centre Algérien d’Entrepreneuriat Social (ACSE)

Comment développez-vous l’entrepreneuriat social en Algérie ?

Il est difficile de travailler dans le contexte actuel, sans savoir où va nous mener cette période de transition, mais je garde l’espoir que les choses s’arrangent. L’Algérie fait face à de nombreux défis environnementaux et sociaux, auxquels ni l’État, ni l’économie ne parviennent à répondre durablement. A contrario, l’économie sociale et solidaire propose un vrai projet de société, indépendamment de l’actualité et de la situation politique du pays. Au Centre Algérien de l’Entrepreneuriat Social, notre mission est de promouvoir les entrepreneurs sociaux. Nous véhiculons des success stories pour donner envie aux jeunes, par la création de podcasts ou par des conférences. Hier soir par exemple, nous avons projeté un film sur un jeune entrepreneur qui construit des maisons avec des bouteilles en plastique dans les camps de réfugiés, dans le sud du pays. Nous proposons aussi un programme d’incubation, avec lequel nous accompagnons 8 à 10 porteurs de projets.

Que représente le secteur de l’ESS en Algérie ?

Il n’y a pas de statut juridique ici pour l’ESS ou l’entrepreneuriat social. Les porteurs de projets ou les étudiants ont du mal à se projeter dans ce secteur, car il devront payer les mêmes impôts que les entreprises commerciales. En conséquence, le pays dénombre beaucoup d’associations : près de 80.000 pour 42 millions d’habitants. Cela paraît honorable sur le papier, mais le secteur associatif connaît de lourds blocages administratifs. Par exemple, pour obtenir une autorisation d’exercer, une association doit attendre un an.  De plus, contrairement au Maroc ou à la Tunisie, il est impossible de recevoir en Algérie des financements de l’étranger, sauf autorisation exceptionnelle du ministère de l’Intérieur. Ces difficultés empêchent de pérenniser le secteur associatif. Malgré tout, beaucoup d’associations font un travail formidable, mais au prix de bien des efforts.

Comment voyez-vous l’avenir de l’économie sociale et solidaire en Algérie ?

Pour le moment, tout ce qui relève de l’ESS est rattaché au ministère de la Solidarité. Un cachet « charité » ou « humanitaire » est donc apposé sur tout ce qui relève de l’ESS. A l’inverse, certains réduisent l’économie sociale et solidaire à une activité génératrice de revenus. A défaut d’avoir un statut ou un ministère consacré, je ne vois pas comment le secteur de l’ESS peut connaître un essor en Algérie. Mais nous pouvons capitaliser sur certains aspects de notre culture pour développer le secteur : les notions d’entraide, de solidarité, d’organisation collégiale… L’Algérie a connu de nombreuses périodes de troubles. Mais ses hommes et ses femmes ont toujours su se relever. J’ai confiance dans la résilience de notre peuple.

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