3 questions à Marie Toussaint
Présidente de “Notre Affaire à Tous

Où en est l’action en justice lancée contre l’Etat pour inaction climatique ? 

Nous avons lancé la pétition* en décembre pour soutenir ce recours en justice, nous allons atteindre les deux millions de signataires dans les jours qui viennent. Avec deux millions de signatures, nous espérons que l’Etat va prendre le temps de nous faire une réponse un peu approfondie. Il a jusqu’au 17 février pour répondre à notre argumentaire. Si nous avons une réponse, nous en tiendrons compte. Mais dans tous les cas, nous irons au tribunal administratif. Notre recours sera déposé au mois de mars et le procès devrait se tenir fin 2020, ou début 2021. D’ici-là, toutes les mesures que l’Etat pourra prendre pour remédier au retard pris durant des décennies seront les bienvenues.

La France est pourtant initiatrice des Accords de Paris sur le climat, en 2015… 

Nous observons un écart croissant entre les engagements pris par les Etats, les alertes des scientifiques et les actes. Seuls 16 Etats, sur les 197 signataires de l’Accord de Paris, sont sur une trajectoire qui permettrait de respecter cet accord. Ni la France, ni aucun pays européen, ni aucun Etat développé n’en font partie. Or, le réchauffement climatique est désormais perceptible sur notre territoire. Nous l’avons vu tout l’été : les canicules, les sécheresses, les graves inondations… Nous sommes directement impactés, nous avons besoin d’y remédier. De plus en plus de personnes sont dans une trajectoire écologique, non par idéologie mais par pragmatisme, à cause des impacts sur leur vie quotidienne et sur leur territoire. Les fondements de notre action reposent à la fois sur le droit de l’environnement et sur les droits humains. Aujourd’hui, plus personne ne peut dire que la dégradation de l’environnement ne viole pas les droits humains. 

Ce recours en justice collectif incarne-t-il une nouvelle forme de mobilisation ? 

Nous avons besoin de toutes les formes de mobilisation. L’action individuelle est nécessaire, mais cela ne suffit pas. Même si demain tous les Français et Françaises se mettaient à protéger l’environnement dans leur vie quotidienne, le système ne changerait pas, il continuerait à trop polluer. Nous devons changer ce système. Nous avons besoin que tout le monde s’y mette : autant les Etats que les grandes entreprises pollueuses. Aujourd’hui, l’un des outils qui permet de les faire réagir, c’est le droit. C’est un outil nouveau, à la fois porteur d’une certaine radicalité et d’une transformation profonde de notre société. Et c’est aussi un moyen de réappropriation citoyenne : avec ces actions en justice, nous nous réapproprions la décision collective et nous passons de l’action individuelle à un mouvement collectif. 

Propos recueillis par Juliette Loiseau

* La Fondation pour la Nature et l’Homme, Greenpeace, Oxfam France et Notre Affaire à Tous sont les quatre associations à attaquer l’Etat français en justice pour inaction face au changement climatique. Elles sont regroupées au sein d’un mouvement collectif : L’Affaire du siècle. 

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