Matinée technique, mais salle comble pour “l’investissement à impact social” au ministère de la Transition écologique et solidaire. Christophe Itier, Haut-commissaire à l’économie sociale et solidaire, a présenté, mardi 17 septembre, sa “nouvelle ambition” en la matière, alternant tour à tour déclarations, chiffres et décisions. Et de commencer par la prise de conscience d’une part de la finance, qui accepte de s’engager vers un modèle de performance à la fois économique, sociale et environnementale : “La finance solidaire inspire l’Europe. La France est motrice en matière green bonds. La place de Paris est leader, nous souhaitons accélérer “.

Les chiffres, eux, étaient rares mais précieux : “L’impact investing, c’est 3 milliards d’euros en France“. Mais ces fonds privés étant dispersés, l’Etat entend jouer un rôle fédérateur : “Nous avons franchi cette année les 375 millions d’euros d’investissements d’impact, publics et privés, mobilisés sous la bannière French Impact : je suis fier d’annoncer ce chiffre“. Mais le scoop est venu des perspectives : “Nous lancerons au 1er trimestre 2020 le premier “fonds de paiement au résultat”, il sera doté de 30 millions d’euros pour commencer… et nous cherchons des investisseurs philanthropes pour aller plus loin“. Un véhicule financier novateur, dont le rendement dépendra de la réussite des projets financés sur trois axes de politiques publiques : l’inclusion professionnelle, le sans-abrisme et la réduction des déchets, explique Christophe Itier dans cette interview vidéo.

Drôle de montage financier qui imbrique public, privé et monde associatif, pensez-vous ? “Nous devons changer de paradigme dans les politiques publiques”, insistent l’un après l’autre Christophe Itier, mais aussi Frédéric Lavenir, inspecteur des finances et président de l’ADIE. Ce dernier présentait le bilan de sa mission sur les 13 “contrats à impact social” actuellement en cours d’expérimentation en France. Là aussi, cette forme de contrat consiste à faire financer sur fonds privés un projet d’intérêt général associatif, que la puissance publique rembourse à terme avec une prime de rendement indexée sur la réussite du projet.

Le contrat à impact social est un levier de transformation de l’action publique, il pousse l’administration à sortir des chemins battus [en travaillant avec le privé] et il oblige à mesurer l’impact des projets“, insiste Frédéric Lavenir. Mais il précise aussi que les projets sociaux inférieurs à 300.000 euros sont mal calibrés pour ce type d’instrument financier innovant, qu’il faut standardiser pour en abaisser les coûts.

Christophe Itier, lui, avait souhaité être l’un des premiers à expérimenter les contrats à impact social, voilà quelques années, lorsqu’il était directeur général de la Sauvegarde du Nord et qu’il travaillait à diminuer le placement d’enfants en difficulté dans des familles d’accueil. Aujourd’hui, devant la caméra de Mediatico, il se rappelle. Et il enfonce le clou : “Les départements sont les principaux financeurs du champ social, ils doivent se saisir des contrats à impact social comme outils de transformation des politiques publiques”.

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