3 questions à Florence Gilbert
Déléguée générale de WiMoov,
association engagée pour une mobilité durable et choisie

Il semble difficile aujourd’hui se passer de la voiture en France…

Pourtant, beaucoup de solutions existent. Mais elles sont méconnues, il y a un vrai problème d’accès à l’information. Dans les territoires ruraux, nos formations sur les solutions de mobilité existantes permettent 14% de retour à l’emploi. Mais il y a surtout des transports à optimiser, qui fonctionnent le matin et le soir mais qui pourraient être utilisés à la demande en journée. Et beaucoup de petites solutions pourraient être mutualisées pour créer une offre supplémentaire sur le territoire. 78% des déplacements font moins de 5 kilomètres et j’entends dire tous les jours que le vélo n’est pas fait pour les territoires ruraux. Ce n’est pas vrai. Mais les pistes cyclables ne sont pas optimisées. Il y a donc des choses à mettre en place rapidement pour permettre de n’utiliser la voiture individuelle qu’à bon escient. 

Le maillage de la France en transports publics n’est-il pas insuffisant ?

Il va falloir faire de la multi-modalité : aujourd’hui, certains territoires n’ont pas de ligne de bus, mais on y trouve des réseaux de co-voiturage. Il y faut des aménagements qui permettent d’attendre ces voitures. Il faut y associer des maisons de mobilité, pour trouver le vélo qui permettra de parcourir le dernier kilomètre. Ce qui a manqué jusqu’à maintenant, ce sont les financements. Puisque nous n’aurons jamais le même modèle économique sur la location de trottinettes en ville que sur les moyens de transport en territoire rural, il faut valoriser l’impact économique de ces moyens de transports : s’ils permettent un meilleur développement économique, si les personnes sont en meilleure santé, si elles peuvent retrouver un emploi plus facilement grâce aux nouvelles solutions de déplacement, cela permet de faire des économies. 

Que penser des dispositifs d’aide pour sortir de la dépendance à la voiture ?

La prime à la conversion automobile n’est pas suffisante, il faut également proposer des réponses collectives. Nous avons besoin d’expérimenter des solutions sur les territoires, de vérifier leur impact social et de les généraliser. Mais il nous faut aussi des moyens. La Loi d’Orientation sur les Mobilités prévoit une obligation d’accompagnement des demandeurs d’emploi, mais aucun financement de plateformes de mobilité [pour aider les personnes en recherche d’emploi à être autonome dans leurs déplacements, ndlr]. Pour toutes ces nouvelles pratiques, nous allons devoir accompagner, former, rassurer les personnes concernées. Il est urgent de se donner les moyens de cette transition culturelle et écologique.

Propos recueillis par Juliette Loiseau

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