3 questions à Jean-Philippe Lefrançois
Directeur général, Alpina Savoie

 
En quoi la démarche d’Alpina Savoie est-elle proche du commerce équitable ?

Alpina Savoie est le plus ancien semoulier-pastier de France. La société est née en 1844, avec la création d’un moulin puis d’une usine de pâtes à Chambéry. Nous produisons aussi des coulis et des spécialités de Savoie, comme le Crozet. Le blé dur que nous utilisons est 100% français et nous entretenons une relation de proximité avec nos agriculteurs partenaires. Certains sont en contrat avec nous depuis 25 ou 30 ans. Depuis longtemps, nous leur garantissons un revenu qui couvre leurs coûts de production, une rémunération suffisante, ainsi qu’une marge qui permet d’investir dans des outils de production ou de commercialisation.

Dans ce cas, pourquoi ne pouvez-vous pas utiliser l’appellation “équitable” ?
 
Pour qu’une relation soit estampillée “équitable” en France, la loi du 6 août 2015 pour la Croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques, mentionne que l’acheteur doit contractualiser avec des organisations collectives qui disposent d’une représentation démocratique. C’est approprié dans le cadre d’une relation commerciale Nord-Sud, mais notre entreprise s’adresse à des agriculteurs français, dont les dirigeants ne sont pas élus : nous ne pouvons donc pas employer le mot “équitable”. Il me semble pourtant pertinent de donner une reconnaissance officielle à notre relation avec ces agriculteurs. Peut-être faut-il faire évoluer cette loi sur le commerce équitable, ou bien créer un autre label.

En quoi la qualité est-elle un gage de longévité pour Alpina Savoie ?
 
En 2009, lors du rachat d’Alpina Savoie par le groupe Galapagos (marques Gavottes ou Pont-Aven), le nouveau dirigeant Christian Tacquard a repositionné l’entreprise sur des niches à forte valeur ajoutée. D’une production de produits finis de 50.000 tonnes par an, nous sommes passés à 30.000 tonnes. A ce jour, Alpina Savoie est la seule entreprise à proposer des pâtes bio françaises. Nous achetons quasiment tout le stock de blé dur bio en France, soit 15.000 tonnes par an. Nous sommes d’ailleurs à l’origine de la filière, que nous avons créée il y une quinzaine d’années en Camargue et dans le Sud-Ouest. Nous travaillons aussi sur le développement de la filière “sans résidus de pesticides”, dont le cahier des charges est très contraignant. Presque plus contraignant encore que le bio !


Propos recueillis par
Hélène Corbie

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