3 questions à Marion Besse
Responsable de site, Le Relais Gironde

 
“Le Relais” collecte et trie depuis 30 ans des vêtements et des chaussures usagées : comment le marché se transforme-t-il ?
 

Depuis les années 2000, le marché français s’est ouvert au textile chinois, entrainant une baisse de qualité des vêtements qui se retrouvent dans nos bornes de collecte. Nous devons gérer cet afflux par le recyclage, qui représente désormais 50% de nos collectes. Les 50% restant sont réemployés. Parmi eux, seuls 6% des vêtements sont revendus dans nos boutiques de friperie solidaire Ding Fring : ils doivent être vraiment impeccables pour convenir au marché français. Le reste, c’est-à-dire les vêtements de 2e et 3e choix, est envoyé sur le marché de la fripe du continent africain, de certains pays du Moyen-Orient et d’Europe de l’Est.

Comment s’organise le recyclage face à ces produits de moindre qualité ?

Le volume de vêtements recyclés augmente chaque année. Les tissus en coton, comme les T-shirts, sont traités et revendus à des industriels et des commerçants qui les utilisent pour faire de l’essuyage. Une grosse partie des vêtements sont transformés en fibres, pour devenir un isolant pour habitat très performant, appelé « Métisse », en vente chez Castorama par exemple. L’industrie automobile en est très consommatrice également, pour l’isolation phonique et thermique. Reste une petite partie de produits plus compliqués à revaloriser : les dérivés du pétrole ou des plastiques, comme les K-Way et les polaires, qui sont revalorisés énergétiquement. Chez “Le Relais”, nous sommes à 100% de réemploi ou de recyclage.

Et dans quelques années, à quoi ressemblera le secteur textile ?

En 2028, le secteur de la fripe supplantera celui de la fast-fashion, selon le site de revente de vêtements américain ThredUp. Nous le constatons déjà : nos volumes d’affaires augmentent chaque année sur la partie boutique. Aujourd’hui, tout le monde vient au Relais : des personnes aux revenus modestes, des gens plus aisés qui viennent par conviction écologique, ou pour ne pas être habillé comme tout le monde… Le marché de la seconde main se démocratise, il a pris sa place dans l’esprit des gens. C’est une bonne nouvelle, car cela va nous permettre de financer le traitement d’autres produits. Mais il y a encore du chemin : au début du mois, un magasin Primark a ouvert une boutique à Bordeaux [à 500 m d’une boutique solidaire Ding Fring, ndlr] et l’engouement est assez effrayant. Il y a eu des bouchons dans tout le quartier et le mouvement ne s’est pas encore essoufflé.


Propos recueillis par
Hélène Corbie

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