3 questions à Sylvain Reymond
Directeur général du Pro Bono Lab, association qui promeut le développement du mécénat et du bénévolat de compétences

Quelles sont vos propositions pour développer le mécénat de compétences ?

Nous avons dévoilé le 7 février un manifeste porté par 4 dirigeants de grandes sociétés, accompagné de 20 propositions. Un manifeste exigeant pour les entreprises, mais très bien reçu par les intéressés : plus de 120 personnes étaient présentes, dont beaucoup de responsables associatifs et de dirigeants d’entreprises. Notre proposition selon laquelle la mobilisation des collaborateurs peut devenir un indicateur de performance sociale a reçu un très bon accueil. Faire de l’engagement un critère d’évolution des collaborateurs fait sens. L’accueil a été excellent aussi par la députée des Hauts-de-Seine LREM Florence Provendier, présente officiellement pour recevoir nos propositions, déjà confiées un mois plus tôt à Gabriel Attal, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation nationale. Mais les propositions qui ont le plus marqué sont celles du pro bono pour les individus, permettant à chaque personne, quel que soit son parcours, de retrouver une place dans la société en engageant ses compétences, qu’il s’agisse de migrants, de demandeurs d’emploi, ou d’étudiants… Les élus nous ont paru très attentifs à ces propositions-là.

Le Pacte de Croissance de l’ESS propose de soutenir le mécénat des TPE-PME, qu’en pensez-vous ?

En relevant à 10.000€ les plafonds de dons éligibles à la réduction d’impôt, c’est-à-dire en libérant le pouvoir de mécénat des TPE-PME, on encourage ces entreprises à être plus généreuses. C’est aussi l’un de nos principaux objectifs. Mais dans ce Pacte de croissance de l’ESS, certains points restent flous. Comme la question des contreparties et de leur montant. Ou la question du mécénat de compétence : pour les salariés, s’agit-il uniquement de compétences mobilisées dans le cadre de leur métier ? En bout de chaîne, il faut s’assurer de la valorisation des compétences mises à disposition. Ce que l’on préconise pour libérer les énergies de toutes les entreprises, c’est de bien mesurer l’impact du mécénat de compétence généré sur les structures accompagnées. Ces 3 points permettraient de sécuriser un dispositif qui a été épinglé par la Cour des Comptes. D’après notre dernier panorama pro bono, 69% des Français font du pro bono* sans le savoir. Parmi eux, beaucoup de dirigeants de TPE se mobilisent au service de causes et ne le revendiquent pas. Aujourd’hui, le mécénat de compétences n’est pas valorisé, mais il n’est surtout pas bien évalué. C’est pourquoi nous allons lancer une vaste étude d’impact.

A quel point la suppression de l’ISF a-t-elle porté préjudice au secteur ? 

La suppression de l’ISF a été dramatique pour certaines structures : les collectes de fonds ont baissé de 40% à 50%. Les associations éligibles à percevoir l’ISF étaient des fondations d’utilité publique ou sous égide. Cette suppression les fragilise, mais elles restent des mastodontes. C’est une opportunité pour nous car ces grosses structures se tournent aujourd’hui vers les entreprises pour compenser le manque à gagner de leur collecte de fonds, par le biais du mécénat de compétence. Le jour où on arrivera à valoriser l’engagement par le partage de compétences des collaborateurs, on verra spontanément que les entreprises sont très généreuses. 

Propos recueillis par Hélène Corbie

*pro bono : signifie en latin «pour le bien public»

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