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L’économie solidaire, un oxymore ! Ces deux mots semblaient ne pouvoir jamais faire attelage. Or, voici que, depuis quelques années, ils cavalent jusqu’à donner à la finance un prix inattendu, celui d’un acteur majeur de la transformation sociale.

Il nous souvient de l’interpellation du Baron Louis, « Faites-nous de bonne politique, et je vous ferai de bonnes finances ».

Un renversement s’est opéré. A partir de bonnes finances, une politique sociale peut se bâtir pour réduire l’inacceptable qu’est la misère.

L’apôtre des Gentils disait : c’est lorsque je suis faible que je suis fort. L’économie solidaire est ce « petit David » qui, sans crainte, fait trembler « les Goliath ».

Longtemps, il était sage de distinguer, plus encore de séparer, le business de la générosité qui n’avait de place que dans un autre champ bénéficiant de dons provenant du ruissellement de ceux s’enrichissant.

Il est apparu un « cavalier blanc », une pureté morale selon la culture médiévale ; Il a pour nom « Mister sens », mettant tout sens dessus-dessous. Ce qui apparaissait fort se révélait d’un impact social faible alors que ce qui était fragile offrait une justesse, une pertinente, présentant un caractère d’équité sociale, riche d’avenir.

Le bien commun n’était plus simplement l’idée d’une autre planète, mais une invitation à le construire, ici et maintenant.


Il y eut des petits princes venus déranger des hommes très occupés, afférés. L’inouï a surgi ! lorsque leur
fut présenté l’économie solidaire, ils prirent le temps de rêver. Et si toutes ces étoiles appréhendées,
possédées, éclairaient l’avenir de tous. Un discernement lumineux ; le sujet n’était plus d’acheter encore, et
encore, d’autres étoiles, de les empiler, mais de les répartir.


Soudain, l’idée de possession était traversée par le sens. Le « chevalier blanc » offrait à l’économie sa
clarté chaque fois qu’elle met l’homme au cœur de sa mission, de sa finalité.


Nous entendîmes craquer une certaine économie pour donner naissance à des activités dont la rentabilité
immédiate n’était pas le critère premier. L’acte de gérer n’était plus de prévoir ce qui était prévisible, sans
surprise, sauf à étonner les traders. Non, il s’agissait désormais de se laisser habiter par l’inquiétude de
ceux qui n’ont rien ou si peu, jusqu’à se laisser toucher par la fragilité, mère du changement.


L’économie solidaire trouvait sa planète. Une terre, appelée à être habitable pour tous, chacun étant regardé comme absolument unique. Un changement de paradigme qui a écroulé nombre de ces idées toutes faites, évaluées jusque-là comme imprenables.


Les chiffres parlent; ils ne sont pas ceux de la 4 ème planète du Petit Prince, traduisant un entassement de ce
qui est possédé mais de ce qui est partagé.


Au cours de la semaine du 8 au 15 novembre, nous sommes invités à trouver place sur cette planète de l’économie solidaire pour fêter chacune de ses bougies ; elles sont innombrables, plus de 20 milliards, qui ont rendu possibles des investissements supérieurs à 100 Mds €, via le soutien de l’Etat, accompagné d’une fiscalité appropriée, et de celui des Collectivités Locales.


Les chiffres s’effacent derrière ces visages. Regardons-les, ils nous sourient pour vivre un apprivoisement qui fait de nous tous des humains. Comment ne pas s’en réjouir, d’autant que ce qui est ici commencé est appelé à traduire cette richesse sans prix qu’est la liberté intérieure, nous embarquant vers le bien commun d’une épargne solidaire qui a augmenté de 33 % entre 2020 et 2021.


Il s’agit bien d’un investissement, pas un don, un engagement pour un temps qui donne du sens et une fierté partagée, la fraternité conférant à l’économie sa raison d’être et à ses acteurs une noblesse sans pareil.


Bernard Devert


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