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L’économie sociale et solidaire, fer de lance de la relance économique ? Et pourquoi pas ! A tout le moins au cœur de nos territoires. Et avec une spécificité toute particulière : celle des « coopérations » économiques, à rebours de la traditionnelle « compétition » entre les entreprises. Voilà dix ans déjà, en effet, l’ESS inventait les Pôles Territoriaux de Coopération Economique (PTCE). Reconnus par la Loi ESS de 2014, ils « méritent d’être relancés », estime aujourd’hui Hugues Sibille, président du Labo de l’ESS, dans le rapport qu’il a remis vendredi à la secrétaire d’État Olivia Grégoire, en charge de l’Économie sociale, solidaire et responsable. Un rapport, fruit d’un travail collectif, remis symboliquement dans les locaux du PHARES à l’Île-Saint-Denis, là où avait été lancé précisément le premier appel à projet gouvernemental pour soutenir les PTCE en 2013. Mais depuis, l’eau a coulé sous les ponts…

Alors en panne, les PTCE ? Assurément. Car « sans politique de soutien depuis un long moment », à savoir depuis l’élection présidentielle de 2017, nombre d’entre eux « se sont sentis abandonnés », précise Hugues Sibille. Mais à Bercy, désormais ministère de la Relance, tout est bon pour faire repartir l’activité. Hier matin, Bruno Le Maire rappelait sa doctrine : « Pour prendre les bonnes décisions, je consulte beaucoup ». Fin novembre chez Mediatico, Olivia Grégoire précisait la sienne : « Je crois aux solutions qui marchent et qui ont fait leurs preuves ». Parmi celles-ci, les PTCE. Deux approches ministérielles combinées, qui viennent de déclencher la relance des Pôles Territoriaux de Coopération Économique.

Il s’agit de Bou ‘sol à Marseille, des Figeacteurs à Figeac, d’Imaginations Fertiles à Toulouse, de KaléidosCOOP à Strasbourg, du Solilab à Nantes, du Damier à Clermont-Ferrand, de Pôle Sud à Romans, de Realis à Montpellier, de Vivre Les Mureaux dans le Val-d’Oise, de Fontaine Ô Livres à Paris… Pas moins de 56 Pôles Territoriaux de Coopération Économique encore actifs – pour une vingtaine devenus inactifs – qui ont fait leurs preuves, expérimentent, innovent et coopèrent, qui sont sensiblement touchés par la crise sanitaire mais trouvent des solutions ensemble, au service des habitants et de la transition écologique, au cœur de nos territoires. Ils étaient en attente d’un signal. La commande du rapport du Labo de l’ESS en octobre les a mobilisés en un temps record.

Diagnostic, freins à l’émergence, attentes, consolidation, propositions de développement, enjeux de financement, animation des dynamiques collectives : tout est dans le rapport du Labo. Olivia Grégoire regarde particulièrement la piste des coopérations entre acteurs de l’ESS et entreprises classiques, pour qu’elles s’organisent en filières ou en écosystèmes solidaires, en coopération avec les acteurs publics territoriaux. Elle parle aussi de financement des PTCE, en fonctionnement comme en investissement, et compte s’appuyer notamment sur la Banque des territoires. Elle évoque leur montée en compétences, avec le tout récent renforcement du budget du DLA. Elle s’intéresse aussi à l’idée d’un crédit d’impôt recherche, spécifiquement fléché sur l’innovation sociale comme le réclament de longue date les acteurs de l’ESS. Et elle observe ces « zones blanches de l’ESS », zones mal ou non couvertes par les acteurs de l’économie sociale et solidaire, où les besoins sociaux et environnementaux sont pourtant existants.

Aujourd’hui, l’heure est à l’analyse. Mais la prochaine étape est déjà fixée : la relance d’ici fin mars d’un appel à projets national pour soutenir les PTCE, enfin ! Vite, le temps est compté. Il reste à peine 15 mois avant la prochaine élection présidentielle.


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