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Les dates symboliques ont plus de poids que l’on ne croit. Pour preuve hier, lundi 8 mars, journée internationale des droits des femmes, célébrée depuis 1911 dans des pays du monde entier et reconnue à l’ONU depuis 1977, une proposition de loi a été déposée à l’Assemblée nationale, visant à imposer la présence de 30% de femmes parmi les postes aux plus hautes responsabilités dans les entreprises de plus de 1.000 salariés, d’ici 5 ans. Et 40% d’ici 8 ans. Ce n’est pas encore la parité, mais l’on s’en approche. La loi a parfois cette vertu de pouvoir imposer le progrès social.

C’est également hier, lundi 8 mars, que cinq femmes dirigeantes de l’ESS ont été nommées ambassadrices pour la parité par Olivia Grégoire, secrétaire d’État à l’Économie sociale, solidaire et responsable, au titre de leur parcours, de leur engagement de femme et de leur représentativité dans le secteur de l’économie sociale et solidaire : Frédérique Pfrunder (Mouvement associatif), Caroline Naett (Coop Fr), Laurence Lepetit (France Générosités), Eva Sadoun (Mouvement Impact France) et Dominique Joseph (FNMF). Fortes de cette nouvelle distinction, à elles de construire à présent un plaidoyer offensif, inspirant et désirable, en faveur de la parité et de l’égalité femmes-hommes.

Car la parité ne signifie pas l’égalité. Après 90 ans de luttes pour l’égalité, la justice, la paix et le développement, après tant de combats féministes pour le droit de vote, l’autonomie bancaire, le droit à l’avortement ou l’indépendance professionnelle, le compte n’y est pas.

La charge mentale dans la famille n’est pas équitable. L’égalité salariale au travail n’est pas à l’ordre du jour, puisque 15,5% de différence demeure. Même dans l’ESS, qui emploie 69% de femmes, seules 37% d’entre elles sont présidentes d’une structure, rappelle l’Observatoire national de l’ESS. Et seules 45% sont membres de conseils d’administration, tout comme dans les entreprises classiques.

Quant aux comportements sexistes et au harcèlement sexuel, ils n’épargnent pas l’ESS : selon la mutuelle Chorum, 44 % des administratrices et 32 % des hommes ont déjà été témoins de sexisme dans l’exercice de leur mandat. Non, l’économie sociale et solidaire n’est pas exemplaire, hélas. Chacun doit balayer devant sa porte, chacun doit progresser. Le livret de conseils « ESSentiELLES » destiné à favoriser l’égalité femmes-hommes dans les structures de l’économie sociale et solidaire est là pour y contribuer.

Heureusement, les initiatives se multiplient. Le Groupe SOS lance une campagne de recrutement anti-stéréotypes sur les métiers en tension du secteur sanitaire et social, enfermés dans des préjugés de genre puisque vus comme des métiers « féminins ». De son côté, la Ville de Paris organise avec les associations féministes des événements tout le mois de mars sur l’éducation à l’égalité, car les stéréotypes démarrent dès le plus jeune âge. Quant à l’organisation ChangeNow, elle lance ce mois-ci la campagne Women for Change, qui met en lumière des femmes d’action qui vont changer le monde sur les dix années à venir.

À l’heure de la crise sanitaire, économique et sociale, un réveil s’impose. Le télétravail à domicile pénalise davantage les femmes, leur charge mentale s’alourdit et seules 60% d’entre elles sont confiantes dans leur évolution professionnelle, contre 70% des hommes, indique le Boston Consulting Group. Oui, les inégalités femmes-hommes s’aggravent en ce moment et un retour en arrière n’est jamais impossible. Parce que la femme est l’avenir de l’homme, comme le chantait Jean Ferrat, parce que certains considèrent même qu’elle est l’avenir de la planète, il est grand temps de rétablir l’équilibre.

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