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Le mouvement coopératif à la rescousse des start-ups du numérique ? C’est tout l’objet de CoopVenture, le nouveau fonds d’investissement lancé officiellement hier soir, après quatre années de maturation, à l’initiative notamment de la Confédération générale des Scop. A l’heure où la mise sous perfusion d’une partie de l’économie française et l’envolée de l’endettement des entreprises depuis le début de la pandémie font planer la menace d’un tsunami de dépôts de bilan en 2021, l’économie sociale et solidaire se tient prête. Mieux, elle innove, une fois de plus, face aux besoins concrets du terrain et aux nécessités de la création d’emplois locaux, plus urgente que jamais.

CoopVenture, c’est donc un fonds d’investissement alternatif à la finance classique, couplé à un accélérateur de projets. Il est ouvert aux start-ups du numérique en phase d’amorçage ou de pivot, qui portent des préoccupations sociales ou environnementales et qui ont du mal à se financer dans l’écosystème de financement habituel de l’innovation. Le montant investi par CoopVenture pour chaque projet sera compris entre 150.000 et 300.000 euros, ce qui doit permettre de créer un effet de levier pour lever jusqu’à 600.000 à 1 million d’euros.

CoopVenture, qui entend lever 16 millions d’euros à horizon 2022, est déjà doté à ce jour de 4,5 millions d’euros grâce aux apports de la holding coopérative Socoden, du Crédit Coopératif, de la Scop Alma, de Idéa Groupe et du Groupe UP, ainsi que de deux collectivités : Grenoble Alpes Métropole et la communauté de communes Le Grésivaudan. Pour sa première année, le fonds sera d’ailleurs expérimenté en région Auvergne Rhône-Alpes, avec l’appui de la French Tech de Grenoble pour accompagner les projets.

L’avantage de CoopVenture, c’est évidemment d’être un financeur « patient », qui se projette à dix ans au lieu de viser la revente des start-ups à court terme en espérant toucher une forte plus-value, comme le font en général les fonds de capital-risque, explique Laurence Ruffin, PDG de la Scop grenobloise Alma, qui édite des logiciels pour la santé et l’industrie. Ces pratiques génèrent un risque de délocalisation, de suppression d’emplois et de perte de savoir-faire pour les territoires.

Chez CoopVenture, rien de tout cela : Olivier Althuser, directeur de l’accélérateur, explique au contraire que, au bout de 5 ans, l’entreprise investie commencera même à investir à son tour dans le fonds, à hauteur de 2 à 4 fois les sommes investies initialement. Les start-ups du numérique accompagnées deviendront donc actionnaires du fond initial CoopVenture, qu’elles viendront ainsi renforcer pour financer d’autres jeunes pousses au titre de la solidarité financière entre projets. Une forme de « finance circulaire » à l’initiative du monde coopératif, en somme.

Cette initiative coopérative intervient au moment où la finance s’interroge sur sa raison d’être, cherchant de plus en plus à s’inspirer des valeurs de l’économie sociale et solidaire pour donner du sens à ses investissements. Le Forum pour l’Investissement Responsable (FIR) travaille ainsi actuellement à une définition d’une « finance d’impact », basée sur l’intentionnalité de ses décisions, sur sa contribution positive à la société et la mesure de son impact. Cette même « finance d’impact » donc la Secrétaire d’État à l’Économie sociale, solidaire et responsable, Olivia Grégoire, consacre une large part dans sa feuille de route dévoilée mi-février.


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