Depuis quelques jours, la mondialisation est pointée du doigt comme responsable de la crise sanitaire mondiale et des fractures économiques qui en découlent. Qu’en pensent les économistes ? A quoi nous invitent les philosophes ? Dans quel monde voulons-nous vivre après le coronavirus ? La réponse pourrait être quelque part entre solidarité internationale, déficits budgétaires et transition écologique. A moins de retrouver le monde d’avant.


A chaque crise son bouc émissaire. Aujourd’hui, la mondialisation semble avoir bon dos… peut-être un peu trop facilement. Pas question de nier les dégâts qu’elle provoque, mais pas question non plus de céder à l’aveuglement. Durant ces trente dernières années, la pauvreté absolue a été divisée par deux sur la planète, du fait d’une accélération des échanges mondiaux et d’un nouveau partage de la valeur. Certes, au prix d’une consommation effrénée de ressources et d’une destruction accélérée de la planète.

Ces derniers jours, plusieurs économistes et penseurs sont donc venus nous éclairer de leurs lumières. « Le consensus économique ne s’est pas fait en faveur de la redistribution sociale », regrette Esther Duflo, prix Nobel d’économie spécialiste de la grande pauvreté, mais « les choses se sont énormément améliorées dans les pays pauvres ». Du coup, « il ne faut pas enterrer la mondialisation, mais l’améliorer », affirme l’économiste Nicolas Bouzou. Pour Laurent Joffrin, éditorialiste à Libération, il n’y a pas de retour en arrière possible, ni souhaitable, car une démondialisation aboutirait à fermer les frontières comme le veut l’extrême-droite.

Les États-Unis affichaient plus de 20% de déficit entre 1943 et 1945

Mais dans quel monde voulons-nous vivre, dans « l’après-coronavirus » ? Edgar Morin, philosophe, déplore une mondialisation conçue comme « une interdépendance sans solidarité » entre les Etats. Il nous faut donc de la solidarité et de l’intelligence collective, dans nos quartiers comme au-delà les frontières. Gaël Giraud, ancien chef économiste de l’AFD et professeur à l’Ecole nationale des Ponts et Chaussées, dénonce quant à lui « les dogmes libéraux sans fondement scientifique » qui ont conduit à sous doter l’hôpital et à privatiser les services publics, au prétexte d’une lutte acharnée contre les déficits publics qui ne devaient pas dépasser 3% du PIB. Pourtant, puisque nous sommes « en guerre », il rappelle que les États-Unis affichaient plus de 20% de déficit public entre 1943 et 1945. Il nous faut donc accepter les déficits utiles. Et refuser les dogmes. Tous les dogmes.

Face au coronavirus, le WWF appelle à orienter les mesures de relance économique vers la transition écologique, affirmant que la crise sanitaire est liée aux « pressions que nous exerçons sur la nature ». Et de balayer large : aides publiques pour les grandes entreprises et le secteur financier conditionnées à leur contribution écologique ; transformation profonde du secteur agricole, des transports et de l’énergie ; relocalisations industrielles ; adaptation de tous les investissements au changement climatique… En matière de plan de relance, les ministres européens des Finances s’entretiennent aujourd’hui même des mesures proposées par Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne. Vont-ils enfin réussir à s’entendre ? Ou s’enfermer dans leur dogmatisme ?

Deux valeurs fondamentales : la liberté et la paix

Enfin, philosophes et psychologues nous invitent actuellement à nous interroger sur le sens de la vie, la valeur du temps, notre amour de l’autre, notre déconsommation… Alors chiche, pensons-y. Qu’y a-t-il de vraiment important à vos yeux ? Personnellement, je citerais deux valeurs fondamentales : la Liberté d’abord. Celle de penser, de se déplacer, de décider, d’agir, de voter, de choisir, d’apprendre… Cela implique l’autonomie financière de chacun et je n’arrive pas à imaginer une vie sans ces libertés. La Paix ensuite. Parce qu’elle entraîne une légion d’autres valeurs : le désarmement, la fraternité, l’équité, la sécurité pour soi et pour ses proches, qui suppose à son tour de disposer d’un toit, d’avoir la santé, de bien s’alimenter… Voilà qui ouvre quelques perspectives d’action politique très claires.

Et vous, comment est échafaudé votre système de valeurs ?

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