Bis repetita. Avec cinq ans d’écart, nous allons donc rejouer le match Macron-Le Pen dans deux semaines, mais dans des conditions différentes. Car Emmanuel Macron a presque gagné son pari : faire éclater la gauche, faire éclater la droite. Ni-droite-ni-gauche disait-il, pour qu’il n’en reste qu’un : lui ! De fait, la gauche et la droite traditionnelles – PS et LR – ont littéralement fait pschiiit dimanche. Mais il n’en reste pas qu’un seul : à l’issue du premier tour, il nous en reste trois, Jean-Luc Mélenchon inclus. Trois personnalités. Trois camps frontalement opposés. Et trois enseignements.

Premier enseignement, l’écologie n’a échoué qu’à un cheveu du second tour. Refaisons les comptes : Jean-Luc Mélenchon (22%) et Yannick Jadot (4,6%) totalisent ensemble 26,6%. S’ils s’étaient alliés, ils auraient été devant Marine Le Pen (23,1%), donc ils auraient été présents au second tour face à Emmanuel Macron (27,8%). L’avenir de la France en eût peut-être été changé. Le président sortant, qui a brillé par son immobilisme climatique depuis cinq ans, a osé clamer dès dimanche soir son engouement pour l’écologie, si, si. Pour rallier des voix, bien sûr. Le voilà donc écologiste du dernier jour. Écologiste du deuxième tour. Mais sans doute pas écologiste de son second quinquennat.

L’enjeu-clé des jeunes urbain 

Deuxième enseignement, la gauche se recompose plus vite qu’on ne l’aurait cru. Le PS, certes, est mort et enterré : Anne Hidalgo (1,7%) fait moins que le PC de Fabien Roussel (2,3%), presque deux fois moins que l’outsider Jean Lassalle (3,1%) et trois fois moins que les écologistes (4,6%). Mais une fois encore, refaisons les comptes : Jean-Luc Mélenchon (22%) et Fabien Roussel (2,3%) totalisent ensemble 24,3%. S’ils s’étaient alliés, ils auraient été devant Marine Le Pen (23,1%). Donc, là encore, au second tour face à Emmanuel Macron (27,8%). Ainsi donc, les Français sont très loin d’avoir abandonné le champ social. Le prochain président ferait bien de s’en rappeler.

Surtout, Jean-Luc Mélenchon a particulièrement rallié les suffrages des 25-34 ans (même si leur abstention est de 46%), ainsi que les habitants des grandes villes puisque son score n’a cessé de monter au fur et à mesure de la clôture des bureaux de vote les plus tardifs. Les villes étant appelées à accueillir 70% de la population à horizon 2050, écoutons ce que disent les jeunes urbains : ils votent écologie, ils votent social et ils seront peut-être majoritaires demain. Monsieur le Président… il y a quelqu’un ?

 Pouvoir d’achat, ou inégalités de revenus ? 

Troisième enseignement, l’extrême-droite est aux portes du pouvoir. Et ce n’est pas normal ! À nouveau, refaisons les comptes : Marine Le Pen (23,1%) et Eric Zemmour (7,1%) totalisent ensemble 30,2%. S’ils s’étaient alliés, ils auraient été devant Emmanuel Macron (27,8%) à l’issue du premier tour. Qu’a donc raté le président sortant pour ouvrir une autoroute à l’idéologie de l’exclusion, du racisme et du repli de la France sur son petit nombril ? Comment a-t-il pu ne pas écouter ou ne pas voir la misère des Français, dont 9 millions vivent sous le seuil de pauvreté et 4 millions souffrent de mal-logement ?

Au Village Reille, ce tiers-lieu parisien où Mediatico occupe ses locaux, nous menions vendredi un débat d’avant premier tour en abordant quelques thèmes de campagne. Lorsque j’ai soulevé la question du « pouvoir d’achat », le terme est venu heurter les oreilles de mes camarades. Car les notions de « pouvoir » et « d’achat » sonnent bien dans un monde mercantile sans boussole. Mais eux ont préféré retourner la question sous l’angle des « inégalités de revenus ». Cela fait sens. Ils sont plutôt jeunes et urbains.

Que décideront-ils dans quinze jours, devant ce nouveau match Macron-Le Pen, pour entrer en résistance face à la montée des extrêmes et à la déchirure de la France ? Ils ont devant eux trois options : s’abstenir ; voter blanc ; voter Emmanuel Macron. Observons-les bien. Car, à nouveau, ce sera une leçon.


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