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C’est une assemblée générale qui promet de faire date dans l’histoire de l’entrepreneuriat social et peut-être même dans notre histoire économique. Pas seulement parce que le coronavirus nous impose désormais des assemblées générales virtuelles. Imaginez qu’à l’heure qu’il est, 1,5 million d’associations en France tentent d’organiser en ligne leur AG – auparavant gratuite – pour un coût de 1.000 à 5.000 euros en moyenne, selon les prestataires privés qui profitent de ce nouveau filon et dont les tarifs sont rarement affichés sur Internet. Car sachez-le : une réunion vidéo collective n’y suffit pas, le formalisme juridique est indispensable pour sécuriser son assemblée générale. Il faut donc des convocations nominatives par e-mail, des formulaires de votes rigoureux, un décompte en fin de réunion vidéo… Par bonheur, le Mouves nous a fait découvrir Balotilo jeudi dernier : c’est rigoureux, c’est gratuit, validé par le Mouves et même par Emmaüs… Alors foncez !

Oui, jeudi dernier, le Mouvement des entrepreneurs sociaux (Mouves) convoquait ses 850 adhérents et portait à sa tête, pour la première fois, un binôme femme-homme dont vous entendrez parler. Ils sont trentenaires, de cette génération d’entrepreneurs qui veulent (vraiment) changer le monde et qui y parviennent déjà, si l’on en croit l’impact de leurs deux entreprises sociales.

Eva Sadoun (29 ans) préside Lita.co, une référence dans le financement participatif durable et à fort impact social, qu’elle a co-fondée avec Julien Benayoun. Pour sa part, Jean Moreau (36 ans), préside Phénix, la star de l’anti-gaspillage alimentaire qu’il a co-fondée avec Baptiste Corval. Leurs deux entreprises sont nées en 2014. Toutes deux ont mis leur réussite économique au service d’un enjeu sociétal majeur. Toutes deux ont levé des fonds importants auprès d’investisseurs à impact pour appuyer leur croissance. Et toutes deux disposent d’une forte communauté. Les preuves ne sont plus à faire.

Au fil de l’assemblée générale, ils égrènent leurs engagements pour la période 2020-2022 : remettre l’adhérent au cœur, partager les expériences d’entrepreneurs, décentraliser la gouvernance du Mouves en régions, parler à toutes les entreprises françaises, incarner l’alternative sociale, écologique et politique face au Medef. Et s’appuyer pour cela sur une gouvernance enthousiaste, dynamique… et pléthorique de 35 administrateurs, tous dirigeants de structures de l’économie sociale et solidaire, dont la diversité présage de leur complémentarité.

De la coopérative Biocoop (1 milliards d’euros de chiffre d’affaires) à la Fédération des entreprises d’insertion, de la finance d’impact avec Inco au commerce équitable de Karethic, du réseau Ashoka représenté par SoScience à celui de Ticket For Change, sans oublier Banlieue Santé, Comptoir de Campagne, la Conciergerie solidaire, Convivencia, Max Havelaar, Yuka, Vitamine T, Singa, Croix Rouge, 1083, Groupe SOS, Label Emmaüs, APF entreprises, On Est Prêt, Le Slip Français… ouf, n’en jetez plus, j’en oublie !

Leur défi est colossal : « Nous voulons marquer l’histoire économique », lance Eva Sadoun à ses adhérents et « porter la parole dans les territoires », renchérit Jean Moreau. Mais pour changer la donne, ils doivent avant tout faire l’union. L’union entre le mouvement Tech For Good et le Mouves, déjà programmé à septembre prochain. L’union des plaidoyers pour « le monde de demain », qui fondent en intensité à mesure qu’ils tirent sur Internet en ordre dispersé. Et l’union des entreprises françaises pour une économie qui a du sens, tel que le porte le collectif « Nous Sommes Demain », initié l’an dernier par le Mouves, qui rallie déjà 400.000 entreprises françaises représentant 3 millions de salariés, qui appellent le gouvernement à soutenir une économie plus solidaire, plus durable, plus inclusive.

Là est l’enjeu essentiel. Changer d’échelle. Dépasser cette logique de pionniers pour atteindre une masse critique. Construire l’alternative et faire basculer l’économie tout entière. De longue date, nombre de TPE-PME et d’entreprises françaises ne se sentent plus représentées par le Medef. Elles veulent sincèrement se transformer. Pour elles, le vent a tourné. Pour le Mouves, l’heure a sans doute sonné.


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