Les réseaux de l’économie sociale et solidaire ont largement appelé au vote républicain dimanche, invitant leurs membres et leurs militants à voter pour Emmanuel Macron (58,5% des voix) afin de barrer la route à Marine Le Pen (41,5%). Pour autant, ce vote n’était pas naturel dans toutes les familles de l’ESS. Emmanuel Macron a beau avoir embrassé hier au Champ de Mars le président du Groupe SOS, Jean-Marc Borello, cela ne signifie pas, loin de là, que l’économie sociale et solidaire accorde au président sortant un blanc-seing pour sa politique passée ou à venir.

Certes, la mobilisation républicaine était impérative. La « poussée continue de l’extrême droite doit collectivement nous interroger sur nos responsabilités passées et sur nos engagements futurs en faveur d’une société et d’une économie plus justes et plus solidaires », estime ESS France. « Le programme du Rassemblement National est opposé aux valeurs de l’Economie Sociale et Solidaire, hostile aux plus fragiles, inadapté aux enjeux du changement climatique, menaçant pour les institutions démocratiques », poursuit Denis Philippe, président de la CRESS PACA. Le programme du RN est à mille lieues du « socle de valeurs qui nous rassemble : égalité de toutes et tous, respect de la dignité de la personne, respect de la liberté de conscience, accès à l’exercice de la citoyenneté par l’engagement pour toutes et tous », renchérit le Mouvement Associatif

Mais Marine Le Pen n’a pas manqué de s’adresser dimanche soir aux « Français oubliés ». Et Jean-Luc Mélenchon d’évoquer « un océan d’abstention et de votes blancs et nuls », puisque 16 millions de Français n’ont voté pour aucun des deux candidats (voir les résultats officiels). Assurément, la victoire d’Emmanuel Macron n’est pas le fruit d’un vote d’adhésion. Il le sait, au point de promettre dans son discours de victoire que « cette ère nouvelle ne sera pas la continuité du quinquennat qui s’achève », que « nul ne sera laissé au bord du chemin » et que son projet permettra de « faire de la France une grande nation écologique » et de libérer « nos forces entrepreneuriales ». Nous verrons comment.

En matière d’entrepreneuriat, l’Adie posait déjà une question simple aux candidats durant l’entre-deux tours : « Quand allez-vous réellement vous engager pour les millions d’entrepreneurs populaires, de plus en en plus nombreux, qui se questionnent sur leur retraite, leur accès la santé, leur droit au logement ? ». Quant à l’écologie, le candidat Macron a promis de nommer un Premier ministre chargé de la planification écologique… mais de quelle écologie parle-t-on ? 

ESS France insiste : son appel à voter Emmanuel Macron ne vaut « ni un quitus pour un bilan en matière de soutien à l’ESS qui demeure mitigé, ni un blanc-seing pour un programme qui reste à ce jour totalement silencieux sur nos préoccupations sociales et environnementales ». Le Mouvement Associatif enfonce le clou, rappelant au candidat Macron « la nécessité du respect des libertés associatives, mises à mal par l’adoption du Contrat d’engagement Républicain, outil de contrôle administratif », mais aussi « la nécessité du dialogue et de la co-construction avec les corps intermédiaires, ignorés et fragilisés au cours du dernier quinquennat ».

Dans six semaines, auront lieu les élections législatives. Les Français seront rappelés aux urnes pour un vote moins élyséen, plus proche des territoires où sont ancrés les acteurs de l’ESS. Ils ne manqueront pas de donner de la voix, peut-être même dès la semaine prochaine à Strasbourg, à l’occasion des 20 ans du réseau RTES (Réseau des collectivités Territoriales pour une Économie Solidaire). Mediatico y sera présent, de même qu’à la manifestation européenne “L’économie sociale, le futur de l’Europe”, le lendemain. D’ici là, nous aurons peut-être un Premier ministre écologiste.


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