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A conjoncture exceptionnelle, sacrifices exceptionnels. Le tribut payé par les structures de l’économie sociale et solidaire face à la crise s’avère particulièrement lourd. Alors qu’elles avaient créé 84.800 emplois entre 2010 et 2019, le secteur de l’ESS avait reperdu fin juin 52.500 postes, soit 2,5% de ses emplois, en l’espace d’un an, indique la dernière étude de l’Observatoire national de l’ESS. C’est à peine mieux que dans le reste du secteur privé (-2,7%), pourrait-on se consoler. Mais le secteur privé, lui, a bien mieux utilisé les aides d’Etat pour affronter la conjoncture, alors que seules 14% des associations ont à ce jour demandé un soutien public.

Pour le second semestre 2020 hélas, l’aggravation est déjà certaine. Les chiffres pour l’ESS ne sont pas encore disponibles, mais à l’échelle nationale l’emploi salarié marchand reculait encore de 2,2% fin décembre, selon l’Insee. Il n’y a aucune raison de voir l’ESS s’en tirer mieux que le reste de l’économie. Dès lors, cessons d’invoquer la « résilience » du secteur : cette fois, beaucoup de structures de l’ESS ne se relèveront pas. « L’économie sociale et solidaire, parce qu’elle se tient globalement à l’écart d’une économie outrancièrement financiarisée et mondialisée, avait été épargnée par la crise financière de 2008-2009. Cela ne sera pas le cas pour cette crise, qui se caractérise par un questionnement de nos modèles et de leur résilience, notamment en matière de fonds propres et de trésorerie », confirme Jérôme Saddier, président d’ESS France.

Toutefois, dans la grande famille de l’ESS, tout le monde ne loge pas à la même enseigne. Des distinctions fortes apparaissent, d’abord par branche : les associations (-3,2%) sont bien plus frappées dans l’emploi que les mutuelles (-1,2%), les coopératives (-0,2%), ou les fondations (+3,8%). L’étude de l’Observatoire national de l’ESS relève que, fin juin, 10.800 associations avaient disparu en France en l’espace d’un an. Enorme ! Étonnamment, cette étude ne souffle pas un mot d’une autre branche, la petite dernière, rattachée à la famille depuis la loi de 2014 : celle des entrepreneurs sociaux. Peut-être parce que l’étude se base sur les déclarations d’emploi à l’Urssaf et n’inclut pas les gérants indépendants de structures agréées Esus… Nous l’apprendrons sans doute ce vendredi 12 février, lors du webinaire explicatif d’ESS France (inscrivez-vous ici).

L’étude nous montre aussi quels sont les secteurs d’activité les plus touchés. Où l’on redécouvre ces activités économiques jugées « non essentielles », extrêmement représentés dans l’ESS et très exposées aux fermetures administratives, avec les conséquences critiques que l’on sait en termes d’emploi : les Arts et Spectacles (emploi en baisse de -19%, soit -8.700 postes), l’Hôtellerie-Restauration (-15%), les Sports et Loisirs (-11,8%), suivis par les Groupements d’employeurs, l’Enseignement, ou encore l’Action sociale… Assurément, la crise frappe sévèrement l’ESS dans son fonctionnement et ses modèles économiques.

« Il est l’heure de construire les solutions pour renforcer nos modèles », estime Jérôme Saddier, qui impulse la plateforme participative « La République de l’ESS » sous la bannière d’ESS France (inscrivez-vous pour y contribuer). Il est l’heure aussi d’accélérer la transition de l’économie française toute entière vers des modèles plus résilients et, surtout, créateurs d’emplois. La décroissance n’est pas une solution, martèle à cet égard Louis Gallois dans L’Obs : la décroissance ne peut pas fournir d’emploi, ni financer notre modèle social, ni réduire les inégalités, ni rembourser la dette, argumente ce patron de gauche qui vient de quitter la présidence de PSA, après avoir dirigé Airbus ou la SNCF. En outre, « les emplois de la croissance verte ne seront créés en France qui si nous sommes compétitifs », estime-t-il. Pour lui, il est l’heure de réindustrialiser la France et de l’orienter vers une croissance verte.

Quant à l’économiste Gaël Giraud, appuyé par l’Institut Rousseau et le think tank Hémisphère gauche ainsi que par plusieurs ONG, il propose de créer des « emplois verts » dans les secteurs d’avenir comme la transition écologique, l’économie circulaire, l’agroécologie ou l’habitat. Ces emplois seraient ouverts en particulier aux chômeurs de longue durée, sur le modèle des « territoires zéro chômeur » qui montrent que financer des emplois coûte moins cher que financer le chômage. Un projet de loi serait en préparation. La balle sera bientôt dans le camp des députés.

En attendant, la crise frappe les acteurs de l’ESS et Olivia Grégoire les exhorte, une nouvelle fois, à recourir aux dispositifs de soutien publics : « Fin janvier, 21.000 associations seulement avaient sollicité le fonds de solidarité pour 200 millions d’euros, soit à peine 1% des fonds décaissés », selon la secrétaire d’État à l’Économie sociale, solidaire et responsable. « Avec le fonds #UrgencESS, je veux lutter contre le non-recours, aller chercher ceux qui ne savent pas qu’ils peuvent demander de l’aide (…) Aidez-moi à décaisser ces 30 millions d’euros », clamait-elle hier matin sur Radio Classique.

Le dispositif #UrgencESS ? Il permet aux petites associations employeuses de savoir d’une part s’il existe pour elles des aides financières auxquelles elles ont droit, et d’autre part d’obtenir 5.000 à 8.000 € d’aide supplémentaire pour faire face à la crise. Pour en savoir plus : le site #UrgencESS.


Cet édito a été publié dans notre newsletter : retrouvez-la ici !



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