L’ESS va-t-elle faire sienne cette petite blague qui circule sur Internet ? « Le plus grand accélérateur de la transformation numérique, ce n’est pas le ‘chief digital officer’, c’est le Covid-19 », s’amuse ainsi Frédéric Bardeau, fondateur de Simplon.co, dans une récente interview à Mediatico (à lire ici). Mais quand Olivia Grégoire, secrétaire d’Etat en charge de l’Économie sociale, solidaire et responsable, déclare dans notre dernier événement IMPACT (à voir ici) qu’elle compte bien faire en sorte que l’augmentation de 2 millions d’euros l’an prochain du budget du DLA (+20%) permette d’aider l’ensemble du secteur de l’économie sociale et solidaire à se former pour basculer au numérique, c’est que le sujet est sérieux.

Toutes les entreprises ne sortiront pas vivantes de la crise économique. Celles de l’ESS non plus, hélas. Voilà quinze jours, l’Institut des Politiques Publiques faisait un point sur l’impact de la crise et des mesures budgétaires pour les entreprises françaises. L’IPP montre un choc économique très inégalitaire, « une formidable divergence de destins entre le premier décile (les 10% les plus lourdement frappées) qui a vu son chiffre d’affaires s’effondrer de 85%, alors que le dernier décile a enregistré une hausse exceptionnelle de 60% » de son chiffre d’affaires, explique cette semaine dans L’Obs l’économiste Daniel Cohen. La culture, le sport ou la restauration souffrent comme jamais. D’autres s’en tirent beaucoup mieux : les services de livraison, les fabricants de masques… et tous ceux qui ont pu numériser en tout ou partie leurs activités. Nous y voilà !

Longtemps vu comme un axe de développement, le numérique est-il devenu la clé de survie indispensable des associations et des entrepreneurs sociaux ? C’est ce que semblent dire les acteurs que nous avons interviewés dans notre rubrique de partage d’expérience « Confinés et Solidaires » (à voir ici). Pour Ethi’Kdo, les budgets des comités d’entreprises non dépensés en 2020 s’orientent en ce moment vers sa carte cadeau éthique et numérique. Chez Koeo, le mécénat de compétences a permis récemment de développer des solutions de click and collect pour des associations. Chez Emmaüs, la plateforme de vente en ligne Label Emmaüs nourrit beaucoup d’espoirs. Pour autant, toute l’économie sociale et solidaire a-t-elle quelque chose à vendre sur Internet ? Assurément non. Mais le numérique permet aussi de recruter des bénévoles, de collaborer à distance ou de garder le lien, malgré le confinement. Autant de ressources clé, non marchandes mais vitales pour l’ESS.

Début avril, HelloAsso nous apprenait dans une étude réalisée lors du premier confinement que la moitié des associations n’analysent pas l’audience de leur site web et n’ont pas de solution d’emailing, mais aussi que seulement 10% utilisent un logiciel de comptabilité de bonne facture et que seules 5% disposent d’un CRM pour automatiser le suivi de leurs adhérents ou de leurs donateurs. Pour sa part, l’organisme Recherche & Solidarités mène tous les trois ans avec Solidatech une étude sur le numérique et les associations. Dans leur dernière étude datant d’octobre 2019, donc réalisée avant le coronavirus, 73% des associations jugeaient le numérique utile pour faire connaître leurs actions et 72% pour gérer plus efficacement leurs activités. Mais seules 21% se jugeaient suffisamment « expérimentées » au regard du numérique.

Dans ces conditions, pas étonnant de constater le succès d’AssoConnect. Voilà deux ans, cette entreprise accompagnait 500 associations en France avec son logiciel de gestion associative permettant de gérer les dons, les adhésions, la comptabilité ou la communication. Fin 2019 et une levée de fonds plus tard, elle comptait 10.000 associations clientes. Et fin 2020, c’était 50% de mieux avec 15.000 associations, nous déclarait son co-fondateur le mois dernier (lire ici) ! L’ambition d’AssoConnect ? Faire basculer 100.000 associations à l’ère du numérique. Une paille, dans un secteur qui compte 1,5 million de structures et 20 millions de bénévoles. Pour le coup, l’urgence liée à la survie économique face au Covid devrait largement l’y aider. Tout comme devrait en bénéficier le programme PANA (Point d’Appui au Numérique Associatif), initié par HelloAsso, le Mouvement Associatif et la Fonda, tant au niveau national que sur les territoires. Ou encore la plateforme collaborative OpenAsso qui conseille le monde associatif.

Le mouvement Tech for Good France a de beaux jours devant lui, mais l’appui des pouvoirs publics sera indispensable pour soutenir l’ensemble de l’écosystème de l’ESS dans sa conversion au numérique. Il en va de sa résilience, de son efficacité, de sa productivité, de sa visibilité. En un mot, de son impact. L’évolution du budget du DLA en ce sens en 2021 serait un signal extrêmement positif. Rappelant la face cachée du numérique qui exclut près de 20% de la population française, Frédéric Bardeau nous disait encore le mois dernier : « Il n’y a jamais eu de meilleur moment pour remettre le numérique au service de l’humain ». Assurément, il en va de même pour l’économie sociale et solidaire : il n’y a jamais eu de meilleur moment.

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