Quel est le lien entre Italie2, EuropaCity, la Gare du Nord, ou encore Aérolians ? L’exploitation des surfaces commerciales, bien sûr, et ce qu’elles disent de notre société consumériste, en perte de repères à l’heure du réchauffement planétaire. Cette nuit, le mouvement de désobéissance civile pacifique Extinction Rebellion, né voilà moins d’un an, a occupé  la place du Châtelet à Paris, ainsi que le centre commercial Italie2 samedi, pour protester notamment contre la surconsommation (lire ci-dessous). Gare du Nord, l’extension des surfaces commerciales a été confirmée dimanche par le secrétaire d’État aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari, bien que la Ville de Paris ne trouve pas son compte dans ce projet privé, eu égard au service rendu aux usagers. A Maine-Montparnasse, enfin, les riverains s’inquiètent du futur centre commercial géant qui menace les petits commerces de quartier.

Étonnante, cette corrélation entre les surfaces commerciales et les nœuds de transport, vous ne trouvez pas ? Voyez encore cette opération aux portes de Roissy Charles-de-Gaulle, à Tremblay-en-France (93) : Aeroliansparis accueillera 850 000 m² d’entreprises internationales et 240 000 m² de commerces, 2 hôtels et 7 restaurants, avec 15.000 à 20.000 emplois à la clé, promettent les promoteurs. Ah, l’emploi ! Évidemment, c’est important. Mais qui sera recruté ? Mozaïk RH, un acteur-clé du recrutement des jeunes diplômés issus de la diversité, connaît parfaitement les freins à l’embauche dans les quartiers jugés difficiles. Or, sur les 90.000 emplois de la plateforme aéroportuaire de Roissy, seuls 6% sont occupés par des gens du territoire, selon le maire de Gonesse. L’emploi est-il le bon argument ?

A 3 km de là, le projet EuropaCity promet 10.000 créations d’emplois en 2027 : commerces, tourisme, loisirs, expos, concerts, théâtre, parc aquatique, halle gastronomique, centre de congrès… Un projet gargantuesque de 3,1 milliards d’euros, entièrement privé, porté par le groupe Auchan et son associé chinois Wanda. Mais contesté dès 2016, quand une étude du cabinet McKinsey estime qu’EuropaCity détruira au contraire 8.000 emplois dans les 20 km alentour. Fin août 2017, le ministre de l’Environnement Nicolas Hulot ajoutait : “A un moment, se posera la question de notre souveraineté alimentaire, les terres agricoles doivent rester des terres rares qu’il faut protéger”. La plaine de Gonesse étant l’une des plus fertiles d’Ile-de-France, et alors que l’autonomie alimentaire de la région parisienne ne dépasse pas trois jours, l’artificialisation de terres agricoles que suppose EuropaCity est une aberration.

Une marche citoyenne est partie de Gonesse vendredi, pour arriver à Matignon. Europacity a alors revu sa copie, proposant de “compenser” l’artificialisation par de la “renaturation”. Est-on sérieux ? Détruire d’abord, pour remplacer ce que l’on a détruit ? De la même façon que l’on détruirait des emplois là-bas pour en créer ici ? Ou que l’on capterait le public d’une zone touristique existante pour l’amener dans une nouvelle à créer, en faisant croire que l’on a fabriqué des emplois ? Mieux vaut tellement défendre des projets co-construits, solidaires, à taille humaine et démocratiques, comme l’affirme Hugues Sibille, président du Labo de l’ESS. La compensation n’est assurément pas une solution. Tout comme la surconsommation n’est décidément pas une option.