Écologie et démocratie, même combat, surtout à l’heure où flotte en cette fin d’année le parfum de quelques scandales particulièrement nauséabonds : corruption avérée au Parlement européen, coupe du monde antiécologique et anti-sociale au Qatar, fonds d’investissements « verts » qui financent les projets écocides de TotalEnergies (lire ici), BNP Paribas assignée en justice pour financer le « chaos climatique » alors qu’elle dit s’engager fortement pour l’impact (lire ici)…

Pourtant, la finance a les solutions de la transition, assure-t-elle à l’envi. C’est à n’y plus rien comprendre. A moins de considérer que le greenwashing est peut-être en train de gagner la partie. Et qu’une « novlangue » s’ancre, anesthésiant nos capacités de compréhension du monde.

« Vous y croyez vraiment, vous, à ce concept de « marketing responsable » ? », demandais-je la semaine dernière à l’un de nos invités, dans notre émission #EssOnAir spéciale Noël (à revoir ici). Chez Captain Cause, c’est oui : on y croit dur comme fer. « Marketing responsable », « croissance durable », « finance verte »… Dans l’économie sociale et solidaire, en revanche, nombreux voient dans ce type d’oxymore le mal du siècle. Le reflet d’une société malade. Pour ne pas dire tout simplement la grande tromperie.

Les placements verts sont en plein boom et regroupent plus de 2.000 milliards d’euros rien qu’en France, assure la dernière enquête conduite par le Journal Le Monde avec plusieurs médias européens (à découvrir ici). Sauf que la moitié des fonds « super verts » investissent en réalité dans les énergies fossiles, moteur du réchauffement climatique. C’est ce que je dénonce régulièrement sur BFM Business, depuis déjà presque dix ans, dans mes chroniques sur l’investissement solidaire : les fonds dits 90-10 sont investis à 10% dans des structures de l’économie sociale et solidaire, mais à 90% sur les marchés boursiers les plus classiques !

Cette fois, l’enquête montre que sur 838 fonds classés « Article 9 » par la réglementation européenne (qui leur impose d’être composés de 100% d’actifs durables), la moitié investit malgré tout dans les énergies fossiles ou dans le secteur aérien, les secteurs les plus émetteurs de gaz à effets de serre au monde. En particulier, 10% des fonds français censés contre le réchauffement climatique sont en partie composés de titres TotalEnergies ! Alors, à qui faire confiance en matière de finance ?

Quelques rares fonds d’investissements méritent le détour, comme Mirova, la société de gestion de Natixis labellisée B Corp et qualifiée d’Entreprise à mission, qui propose d’allier recherche de performance financière et impact environnemental et social : certains de ses fonds sont fléchés notamment vers les infrastructures de la transition écologique, ou encore vers la restauration des écosystèmes naturels.

De même ECOFI, société de gestion du Groupe Crédit Coopératif, pionnier de la finance engagée qui avait déjà exclu de ses investissements 71 paradis fiscaux et un certain nombre de secteurs d’activités néfastes pour la planète, exclut désormais les fabricants de pesticides et les entreprises impliquées dans de nouveaux projets dans les énergies fossiles non-conventionnelles.

Ces banques qui se revendiquent écolo…

Mais Lita.co nous apporte d’autres éléments de réponse, plus proches de nous (lire ici). « Il y a 2 ans, après avoir épluché les rapports financiers des plus grandes banques et assureurs, et avec la contribution d’Oxfam, Carbone 4, NEC, 2° Investing Initiative et Novethic, nous avons créé Rift », indique l’équipe dans sa dernière newsletter. « Une application gratuite vous permettant de scanner tous vos placements financiers pour en connaître l’empreinte environnementale et les secteurs d’activités controversés auxquels vous pourriez être exposés (👋 les énergies fossiles). Aujourd’hui, Rift, apporte de la transparence là où elle manque cruellement ». Et si on téléchargeait tous l’application Rift dons notre téléphone ?

Pour sa part, La Nef fait sa révolution et lance « le Big Banque », une nouvelle banque éthique et indépendante de tout groupe bancaire (lire ici). Elle se veut « à la hauteur de l’urgence climatique et sociale » et elle invite les citoyennes et les citoyens à saisir l’opportunité de son augmentation de capital – à hauteur de 30 millions d’euros – pour prendre au moins une part, afin que le projet ne se fasse « pas sans vous » ! Depuis 1988, La Nef finance exclusivement des projets à impacts positifs, en toute transparence au vu de ses rapports annuels et sans aucune activité spéculative puisque sans actionnaires : comme dans toute coopérative, les patrons sont les sociétaires !

Enfin, deux néo-banques, Green-Got et Hélios, revendiquent aussi leur engagement écolo. Hélios s’affiche depuis 2020 comme le « compte bancaire de ceux qui s’engagent pour la planète ». Dès le premier euro, elle assure financer des projets qui contribuent à accélérer la transition écologique. Elle dit aussi exclure des industries qui représentent un risque pour l’environnement ou la biodiversité, tels que les énergies fossiles, les pesticides chimiques ou l’élevage industriel. Et ses clients sont particulièrement engagés : 70% d’entre eux ont choisi de boycotter le Black Friday cette année.

Green-Got, elle, s’est lancée en 2021, n’investit que sur des fonds issus de placements verts et propose à ses clients un compte bancaire 100% écolo pour les aider à réduire leur empreinte carbone. Même le journal Les Echos lui attribue des « ambassadeurs » : « Les Echos sont les personnes les plus motivées de notre communauté (…), ce sont elles qui parlent le mieux de Green-Got au plus grand nombre via leurs réseaux », assure Green-Got.

En réalité, les fonds de Green-Got sont placés chez Crédit Mutuel Arkéa et les comptes de dépôt de Green-Got ne financent pas les projets écologiques, puisque seuls une partie des commissions d’interchange bancaire financent des projets de compensation carbone, révèle un site comparateur de banques éthiques… ce qui ne constitue pas le nec plus ultra de la réduction des émissions de CO2. Quant à sa mention de fonds « issus » de placements verts, elle n’est pas des plus transparentes, ni des plus rassurantes.

Surtout quand l’enquête du Monde et d’une dizaine de médias européens vient de nous révéler que la moitié des fonds dits « super verts » investissent en réalité dans les énergies fossiles.


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