Pas encore en campagne, le candidat Macron ? Oh que si ! Des indemnités pour les agriculteurs et les victimes du Brexit, un soutien exceptionnel aux travailleurs indépendants et à la ville de Marseille, des primes pour les sages-femmes et les fonctionnaires de catégorie C… Et, non content du plan de relance post-Covid de 100 milliards d’euros décidé l’an dernier, voilà qu’il ajoute un plan « France 2030 », doté de 30 milliards d’euros d’investissements supplémentaires sur cinq ans, destiné à « faire émerger les champions de demain », développer la compétitivité industrielle et booster nos technologies d’avenir. 

Nucléaire, hydrogène vert, avion bas carbone, robotique, agriculture de précision… « Emmanuel Macron veut déployer des “technologies de rupture” sans préciser les destinataires de ses enveloppes ni la gouvernance du plan », souligne notre confrère Novethic. Arnaud Montebourg, l’ancien chantre de gauche du made in France, lui aussi en campagne, s’étrangle sur les plateaux télévisés ! Et la droite n’est pas en reste, qui dénonce un « Quoi qu’il en coûte » purement électoraliste. Mais le débat n’est pas uniquement politicien.

Déjà, les associations écologistes comme Greenpeace ou Les Amis de la Terre soulignent le déséquilibre du plan d’investissements au détriment des énergies renouvelables : 1 milliard d’euros sera investi dans l’énergie nucléaire, polluante bien que non émettrice de CO2, et dans de petits réacteurs destinés à l’export. Contre seulement 500 millions d’euros, donc moitié moins, pour l’ensemble des autres énergies renouvelables qui viendront constituer le mix énergétique de l’Hexagone.

L’ISF aurait pu financer 50% du plan « France 2030 »

Déjà, les ONG à vocation sociale regrettent que les plus défavorisés soient oubliés une fois de plus des plans de relance ou d’investissement. Certes, Emmanuel Macron dit vouloir « que nous retrouvions un cycle vertueux qui consiste à innover, produire, exporter et ainsi, financer notre modèle social ». Mais, ce dimanche, à l’occasion de la Journée mondiale du refus de la misère organisée sous l’égide de l’ONU, le Secours Populaire ou ATD Quart Monde rappelaient ces chiffres de l’INSEE : 2 millions de personnes vivent désormais en France dans une situation d’extrême pauvreté. Des chiffres en augmentation constante.

Enfin, notons qu’un plan d’investissement de 30 milliards d’euros sur cinq ans ne représente jamais que 6 milliards d’euros par an. C’est beaucoup et peu à la fois, tout est affaire de comparaison. Souvenons-nous que l’ISF rapportait 4,2 milliards d’euros à l’État en 2017. Puis seulement 1,3 milliard d’euros en 2018, après sa transformation en IFI.

Revoici donc ces 3 milliards d’euros de manque à gagner par an pour les finances publiques, soit l’équivalent de la moitié d’une année d’investissement pour la relance industrielle, dont l’État s’est volontairement privé, au nom d’un ruissellement qui n’a jamais eu lieu.


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