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Vous aimez jouer au poker et aux jeux vidéo ? Cette newsletter est faite pour vous, même si vous travaillez dans l’ESS. Car l’actualité récente autour de GameStop est un double symbole : celui d’une finance abracadabrantesque dont nous ne voulons plus, d’une part, et celui d’une reprise en main de quelques boursicoteurs face de gigantesques fonds spéculatifs,d’autre part. Voilà qui va nous emmener tout droit vers une alternative à la finance classique, à l’œuvre dans l’économie sociale et solidaire. Mais voici l’histoire…

Si vous jouez aux jeux vidéo, vous connaissez forcément les magasins Micromania. On y achetait jadis, en boutique, tous les jeux vidéo dernier cri. Souvent très cher. Sauf qu’à l’heure du numérique, de la fibre optique et du Covid, les boutiques, c’est fini. Aujourd’hui, les nouveaux jeux se téléchargent. Et les magasins non essentiels sont presque vides, coûtant une fortune à Micromania et à sa maison-mère américaine GameStop.

Maintenant, si vous jouez au poker, vous savez que, pour gagner, il faut prendre des risques et bluffer. C’est ce que font tous les investisseurs en bourse, comme ces puissants fonds spéculatifs qui gèrent des milliards de dollars. Cette fois, vu les difficultés de GameStop, ils ont parié sur une chute du cours de bourse. Oui, en bourse, on peut gagner de l’argent même quand les cours baissent. Sauf qu’une flopée d’investisseurs individuels est venue les bluffer : ils ont acheté des actions GameStop en masse pour faire remonter le cours, sans avoir l’argent nécessaire. Oui, en bourse, on peut aussi acheter des actions avec les poches quasiment vides, on appelle ça « acheter à découvert ». C’est dingue, non ?

Au final, les boursicoteurs ont gagné : l’action GameStop a flambé, grimpant de 20$ à 380$ en quelques jours, soit une augmentation de 1700%. Et les fonds spéculatifs, qui pensaient avoir flairé le bon filon, ont perdu des centaines de millions de dollars. Du coup, la puissante communauté financière s’émeut, vacille et cherche des responsables en justice : les boursicoteurs auraient-ils manipulé le marché en se mettant d’accord sur un groupe de discussion Reddit ? Leur application de boursicotage Robinhood (ça ne s’invente pas) aurait-elle bloqué volontairement certaines transactions sur GameStop ? Laissons-les à leurs lubies…

La morale de cette histoire est double. D’abord, elle dit tout de l’opacité financière, érigée en système, dont les règles aberrantes détruisent la valeur financière au lieu de favoriser les investissements dans des projets d’économie réelle utiles aux territoires. Elle dit aussi que, parfois, quelques individus peuvent renverser le système lorsqu’il ne convient plus à nos aspirations. Réveillons-nous. L’Autorité des Marchés Financiers disait fin janvier que 1,4 million de Français avaient passé un ordre de bourse en 2020. Et si on reprenait le pouvoir ?

Eva Sadoun, co-fondatrice de Lita.co, le rappelait samedi : « Au final, les actionnaires, c’est nous : 80% des fonds collectés par les fonds de pension proviennent de l’investissement des citoyens, cela pose la question de notre responsabilité en tant qu’actionnaires », disait-elle sur France Inter. Dans la même veine, pourquoi accepter que 35% de l’épargne déposée sur nos Livrets A soit géré par nos banques sans qu’elles nous rendent des comptes ? Ou que le Livret Développement Durable et Solidaire ne soit investi qu’à 5% dans l’économie sociale et solidaire et à 10% dans la transition écologique ? Où vont les 85% restants ?

Pour apporter de la transparence à la finance, pour savoir si votre épargne est investie dans des secteurs à forte empreinte carbone, pour trouver les placements financiers qui correspondent à vos valeurs, Eva Sadoun et ses amis viennent de lancer « Rift », une application mobile qui entend redonner le pouvoir aux citoyens sur leur argent. Pour aider une économie plus vertueuse à se développer. Allez, game over sur GameStop.


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