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Retraites, crise sanitaire, relocalisations, survie des entreprises, formation : en cinq points, le nouveau Premier ministre Jean Castex, 55 ans, a dévoilé dès dimanche dans la presse sa feuille de route. L’ancien « Monsieur déconfinement » du gouvernement, qui se présente comme un « gaulliste social », en « homme politique local enraciné dans la vie quotidienne des gens », est à vrai dire un énarque, proche de Nicolas Sarkozy, encarté à l’UMP puis chez Les Républicains, qui jouit en effet d’une forte popularité : il venait d’être réélu par 75% des électeurs de Prades, dans les Pyrénées-Orientales. Mais, dans son parcours, dans ses paroles ou dans ses actes, il n’a jamais laissé guère de place à la transition écologique et solidaire. 

Très vite, les critiques ont fusé. Julien Bayou, secrétaire général de EELV, affirme que l’on n’a jamais entendu Jean Castex sur l’écologie. Le quotidien en ligne Reporterre estime que sa nomination est « une mauvaise nouvelle pour l’écologie » et cite une conseillère régionale en Occitanie : « L’écologie ne fait pas du tout partie de sa culture, il n’en a pas la fibre (même si) il n’y est pas totalement réfractaire ». Quant au magazine Challenges, il fait témoigner l’opposant pradois, Nicolas Berjoan, pour qui « ni dans son mode de décision autocratique, ni dans ses choix, il n’a fait preuve de quelque intelligence écologique tant sur le plan vélo, que sur la piétonisation ou sur l’artificialisation des terres : la transition écologique, il ne connaît pas ». N’en jetez plus.

Jean Castex était donc attendu au tournant avec l’annonce de son gouvernement, hier soir à 19h. Résultat, 30 ministres, quelques surprises people et une réponse à cette attente forte exprimée par les acteurs de l’économie sociale et solidaire : qui à la Transition écologique et solidaire ? Qui pour succéder à l’icône Nicolas Hulot, puis à la transparente Élisabeth Borne ? Qui pour incarner la réponse à cette vague verte exprimée lors des municipales par les Français, qui attendent un autre modèle de société, un autre système économique, une considération pour les relations humaines, une relocalisation des emplois, la préservation des biens communs, une fiscalité écologique, des contreparties sociales et environnementales aux aides de l’État aux entreprises… ? C’était il y a juste un mois : rappelez-vous ce florilège de plaidoyers pour construire le monde d’après !

Tadaaam ! Barbara Pompili est donc la nouvelle ministre de la Transition écologique. Oups… elle a perdu le terme « Et solidaire » dans son intitulé ministériel. Dommage, car la « solidarité » que revendiquera seul désormais le ministre de la Santé, Olivier Véran, s’attachera plus à la gestion d’un système de santé qu’à un une philosophie de société. Barbara Pompili, donc, 45 ans, députée de la Somme, ancienne Secrétaire d’État à la Biodiversité, députée écologiste de 2012 à 2016, sait faire le lien entre les problèmes sociaux, l’écologie… et la stratégie politique. EELV lui reproche ses compromissions et lui fait sentir qu’elle n’est plus à sa place. Elle rejoint En Marche dès 2017, puis devient présidente de la commission Développement durable de l’Assemblée nationale. 

Bonne nouvelle, Barbara Pompili connaît les sujets. Parmi ses combats récents : l’interdiction progressive du glyphosate, la sortie des phytosanitaires, la lutte contre les passoires énergétiques, le développement des circuits courts agricoles, l’évaluation des lois à l’aune du critère climatique, ou encore une fiscalité écologique juste. Mieux, elle est numéro 2 du gouvernement, donc à un rang plus élevé que sa prédécesseure Élisabeth Borne. Et elle chapeaute à la fois le logement et les transports, ce qui lui donne toute liberté pour impulser une politique de lutte contre les émissions de CO2, au travers de la rénovation thermique de l’ensemble du parc HLM français par exemple, ou encore la création d’une offre de transports mieux équilibrée donnant toute sa place au développement des mobilités douces.

Barbara Pompili, toutefois, ne gagnera rien seule. Pour défendre ses positions face à Julien Denormandie, qui récupère l’Agriculture et l’Alimentation, ou face à Bruno Le Maire, dont le ministère de l’Économie s’élargit à toute la politique de Relance, elle devra particulièrement bien s’entourer. Brune Poirson restera-t-elle auprès d’elle comme Secrétaire d’État en charge de l’Économie circulaire et de la lutte contre la pollution plastique, déjà bien engagée ? 

Christophe Itier demeurera-t-il Haut-Commissaire à l’Économie sociale et solidaire et à l’Innovation sociale, lui qui a su fédérer les acteurs du secteur et mobiliser des financements hybrides à leur profit ? Thibaut Guilluy conservera-t-il sa fonction toute récente de Haut-Commissaire à l’Inclusion dans l’emploi et à l’Engagement des entreprises ? Enfin, le Premier ministre Jean Castex lui-même, qui fut aussi « Monsieur Jeux Olympiques Paris 2024 », se souviendra-t-il à l’heure des nominations que 25% de marchés publics des J.O. sont réservés aux acteurs de l’ESS, de l’économie circulaire et de l’insertion professionnelle ? Réponse dans les jours qui viennent, avec la nomination des Secrétaires d’État. 

Enfin, c’est le discours de politique générale de Jean Castex que l’on attend, après le 14 juillet et le discours d’Emmanuel Macron aux Français. La composition du gouvernement n’incarnant pas le tournant social attendu par beaucoup, nous verrons alors ce que dit Jean Castex de la solidarité, de la cohésion sociale, des engagements climatiques de la France et de l’aspiration des citoyens pour une économie durable et résiliente.


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