Quel aveu ! « Le moment que nous vivons est un ébranlement intime et collectif », a confessé Emmanuel Macron hier soir, lors de sa 4e prise de parole depuis le début de la crise sanitaire. Et pour cause. En fait d’ébranlement, le président de la République chancelle sur ses certitudes. Sur l’idéologie néolibérale qui l’a forgé. Sur le chemin de la résilience à emprunter. Nous sommes peut-être entrés hier soir dans une ère du changement. 

Changement de stratégie face au coronavirus, d’abord, car aucune immunité collective n’est à espérer. A partir du 11 mai, donc, test assuré pour toute personne présentant les symptômes du Covid-19, juré craché. Et à partir de cette date, le retour sera progressif à la crèche, à l’école, au collège, au lycée et au travail. Pro-gres-sif, a-t-il dit, car « il faudra vivre encore avec le virus encore pendant plusieurs mois ».

« Nous voilà tous solidaires, fraternels, unis, concitoyens »

Drôle d’engagement, du coup, que cette date du 11 mai. Claire, nette, précise, millimétrée. Après déjà quatre semaines de confinement, il nous faut donc patienter quatre semaines encore. Mais Emmanuel Macron n’a pas dit que nous étions au milieu du gué. « A quelle échéance la vie d’avant ? En toute franchise nous n’avons pas de réponse définitive », a-t-il reconnu. Aucun gros évènement ne sera autorisé avant la mi-juillet, c’est certain. Mais pas un mot sur les vacances du mois d’août. Tout peut donc arriver.

Changement de ton face aux citoyens, ensuite. Le chef militaire en guerre hier s’est transformé en dirigeant bienveillant. Il salue les coopérations inédites entre santé publique et santé privée. Il célèbre les chaînes de solidarité dans nos communes. Il remercie la forte mobilisation des associations. Et d’ajouter, presque trop enthousiaste : « Nous voilà tous solidaires, fraternels, unis, concitoyens d’un pays qui fait face ». Mettons donc cette béatitude sur le compte… d’une révélation.

Car le troisième changement d’Emmanuel Macron, a priori, est idéologique ! L’Insee dit que le confinement coûte 75 milliards d’euros par mois au pays ? Le Medef craint que l’Allemagne dame le pion à la France lors du redémarrage ? Rien n’y fait : le président de la République place la sécurité des travailleurs comme priorité absolue. Il annonce le renforcement des mesures de chômage partiel. Il prévoit un plan spécifique supplémentaire pour le tourisme et l’évènementiel. 

Planification, sobriété carbone, annulation des dettes africaines

Pour notre économie, il veut aussi « retrouver le temps long, la possibilité de planifier et la sobriété carbone ». Emmanuel Macron virerait-il à gauche, entre les deux tours des élections municipales ? Et parce que le monde se fragmente, il veut même désormais « aider nos voisins d’Afrique en annulant massivement leurs dettes », c’est dire ! De sa période de banquier d’affaires chez Rothschild & Co, ne resterait-il donc plus rien ? Qu’importe. Laissons-le convaincre le FMI, la Banque Mondiale et le Club de Paris. 

Métamorphose ou variation orchestrée du discours ? Sa prétendue conversion écologique hier ne s’était pas vérifiée dans les textes de loi, bien au contraire. Pour sa conversion idéologique, Emmanuel Macron a déjà fixé l’échéance : « Dans les prochaines semaines, je tâcherai de dessiner le chemin qui rendra cela possible », a-t-il assuré. Nous saurons donc très vite si, depuis hier soir, Emmanuel Macron a cessé d’être le président d’un camp, pour tenter de devenir peut-être enfin le président de tous les Français.

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