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Vieillottes, les coopératives ? Tellement pas ! Elles sont plus que jamais dans l’air du temps. Observez seulement leur dynamisme depuis le début la crise sanitaire. A commencer par la création de la Coop des Masques [dont Mediatico est sociétaire], qui vient de relocaliser en Bretagne, près de Guingamp, une filière de production de masques, démantelée juste avant la crise du Covid ! Avec la naissance aussi de RailCoop voilà quinze mois, qui tiendra son assemblée générale samedi et qui a déjà réuni 500 sociétaires et 1,5 million d’euros pour rouvrir la ligne ferroviaire Lyon-Bordeaux, ainsi que d’autres petites lignes abandonnées par la SNCF puisque l’opérateur de service public a renoncé à son rôle d’aménageur du territoire. Ainsi, les coopératives s’organisent pour répondre aux besoins concrets des habitants, même en période de crise.

Mieux, les coopératives sont parties à l’offensive du vieux capitalisme : « Dans la téléphonie, la finance, l’électricité… huit coopératives se sont alliées sous le nom de Licoornes », écrit dans cet excellent article notre confrère L’Humanité, soulignant combien cette dénomination de « Licoornes » les positionne en alternative aux « licornes », que sont ces start-up à forte croissance valorisées 1 milliard de dollars parfois même avant de réaliser des bénéfices… En réaction, Mobicoop dans le covoiturage, CoopCircuits dans l’alimentation, Enercoop dans l’électricité, TeleCoop pour la téléphonie, Commown pour votre informatique, La Nef pour votre épargne ou encore Label Emmaüs pour vos achats de biens de seconde main… montrent chaque jour que le modèle coopératif couvre de nombreux besoins du quotidien. Et qu’il est solide, utile et résilient.

La croissance du secteur est même étonnante depuis un an : 203 nouvelles coopératives ont vu le jour durant la crise du Covid, soit ex-nihilo, soit par transformation d’associations, soit encore par reprise d’entreprises, nous apprend LesScop.coop. Le mouvement des Scop et des Scic compte ainsi à présent 3.611 entreprises en France, qui représentent 67.200 emplois et un chiffre d’affaires global de 6,3 milliards d’euros, en hausse de 8% sur un an. Vous êtes impressionnés ?

Et bien c’est encore mieux que ça : le Mouvement CoopFR ajoute au recensement des Scop et des Scic les coopératives de commerçants, les banques coopératives, ainsi que les coopératives agricoles, d’artisans ou de transport. Au total, le monde coopératif compte ainsi 22.600 entreprises, 1,3 million de salariés et réalise 324 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Qui l’eût cru ?

Certaines coopératives sont même leaders sur leur marché, comme Sodiaal pour l’industrie laitière, Orpi pour les agences immobilières, Biocoop pour la distribution alimentaire bio, UpCoop pour les titres restaurants et autres titres de services… Sans oublier Leclerc, ou encore le Crédit Coopératif né en 1893 et dont la Fondation vient de fêter ses 35 ans. Elles sont actives dans l’agriculture, l’industrie ou les services… et elles n’ont pas d’actionnaires. Non, puisqu’elles n’ont pas de but lucratif.

Elles ont en revanche des sociétaires, bénéficiaires de leurs services et détenteurs de parts sociales selon une règle ultra-démocratique et alter-capitaliste très simple : chaque sociétaire dispose d’une voix équivalente à celle des autres pour s’exprimer sur la stratégie de la coopérative, quel que soit le montant investi dans l’entreprise. Ajoutez à cela les valeurs de justice sociale, de solidarité ou encore de protection de l’environnement qui infusent la société et que partagent les sociétaires, pas étonnant de voir le modèle coopératif inspirer les entrepreneurs et les porteurs des projets de demain. A fortiori aujourd’hui, en ces temps de crise.


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