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Quelle mine d’informations ! 80 tableaux, 50 graphiques, 30 focus thématiques, des portraits d’initiatives, des cartes régionales, départementales, communales… Chouette, « l’Atlas commenté de l’Économie Sociale et Solidaire », édition 2020, vient de paraître ! Un ouvrage de référence indispensable pour véritablement connaître l’économie sociale et solidaire (ESS), comprendre ses mutations récentes et à venir, son rôle dans la société française, sa place essentielle durant la crise sanitaire, mais aussi son quadruple enjeu social, écologique, économique et territorial, qui fait d’elle aujourd’hui la seule alternative crédible et durable face à l’économie mondialisée du tout jetable.

Assurément, l’économie sociale et solidaire est une économie d’avenir. Elle est « actrice du soin et de la solidarité, pionnière des transitions, source d’innovation et de lien social », rappelle à juste titre ESS France, qui chapeaute l’Observatoire National de l’ESS (ONESS), pilote cette vaste étude. Une économie différente et résiliente, qui a déjà fait ses preuves : du haut de ses 150 ans d’âge, elle n’aspire qu’à devenir la norme, pour réparer ce que le système dominant détruit chaque jour un peu plus : la nature, les personnes, les relations humaines. A cette aune-là, ça vaut le coup de produire, de consommer, d’échanger, de travailler différemment, ne trouvez-vous pas ?

D’autant qu’à l’heure de l’envolée du chômage, l’ESS n’a pas à rougir de sa contribution à l’emploi : elle a créé l’an dernier plus de 12.000 emplois, nous apprend cet Atlas 2020. Elle emploie aujourd’hui 2,4 millions de salariés, soit 10,5% du total de l’emploi en France et même 14% du total de l’emploi privé. Mieux, cette économie-là recrute : dans la silver économie, celle qui se préoccupe des cheveux gris, 770.000 emplois sont « mobilisables » dans les métiers du « care », du tourisme solidaire, de la mobilité ou de l’habitat. En outre, sachant que 18% des salariés de l’ESS ont moins de 30 ans, mais que 31% ont plus de 50 ans, le secteur se prépare à 752.000 départs à la retraite d’ici à 8 ans. Soit près de 100.000 postes à remplacer par an, dans des branches d’activité en plein développement au vu des besoins sociaux et environnementaux croissants.

Vous cherchez du boulot ? Trouvez donc d’abord votre secteur d’activité. A cet égard, cet Atlas 2020 nous présente la grande diversité des métiers du secteur : 25.000 salariés de l’ESS sont en effet employés dans l’hôtellerie-restauration, 35.000 dans l’agroalimentaire, 70.000 dans le secteur du sport, 180.000 dans la santé, 350.000 dans l’enseignement, près d’un million dans l’action sociale… Le choix est large et c’est tant mieux ! Au fait, à quoi ressemblent les établissements employeurs ? Nouvelle réponse de cet Atlas : plus de 185.000 sont des associations, 27.000 sont des établissements coopératifs, 8.000 sont des mutuelles de santé ou d’assurance, 1.500 sont des fondations… et 350 sont des « sociétés commerciales de l’ESS », ces nouvelles venues depuis 2014 dans la famille de l’économie sociale et solidaire, qui interviennent dans des domaines variés comme le recyclage, l’insertion ou le commerce équitable.

Enfin, le plus disruptif dans l’économie sociale et solidaire, c’est sans doute son approche radicalement différente des rapports de pouvoir. Le pouvoir stratégique appartient en effet à ses membres, qu’ils soient sociétaires, adhérents ou coopérateurs : ici, chaque voix compte car une personne égale une voix. Allez donc voter ! Quant au pouvoir économique, il est ancré au cœur des territoires, à mille lieues du centralisme parisien : 86% des cent plus grandes coopératives françaises sont en effet installées hors de Paris. Et vu le nombre de sièges sociaux d’entreprises implantés dans la capitale, l’ESS y pèse moins de 10% de l’emploi, alors que cette proportion grimpe à 12% dans 4 grandes régions et même à 15% dans 14 de nos départements, pour la plupart ruraux. Même les quartiers déshérités classés en secteur « Politique de la Ville » peuvent saluer les acteurs de l’ESS : ils y emploient 103.000 personnes, dans des quartiers où le chômage dépasse souvent les 30%, grâce à des activités de services tournées vers la population, les personnes âgées et la jeunesse.

Au moment où 863 employés du fabricant de pneus Bridgestone sont menacés d’un drame social à Béthune, où le groupe Auchan annonce un plan social touchant 1.475 postes dans l’ensemble de la France, et alors que l’OPA de Véolia pourrait menacer jusqu’à 4.000 salariés de Suez en France dans un secteur de l’eau en forte prise avec les collectivités locales, il apparaît une nouvelle fois que le fonctionnement de l’économie classique incite clairement aux destructions d’emplois en période de crise, y compris par effet d’aubaine, alors que l’économie sociale et solidaire crée au contraire des emplois de services utiles à la population en réponse aux dérèglements du système dominant. Les décideurs politiques devraient s’en souvenir à l’heure d’élaborer leurs plans de relance. Dans le dernier en date, Bercy n’a consacré que 1% des crédits à l’économie sociale et solidaire.


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