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« Les Restos du Cœur plus mobilisés que jamais », clamait samedi sur TF1 la bande annonce d’un reportage inédit. Et pour cause. La 36ème campagne des Restos du Cœur démarre officiellement aujourd’hui. Mais à Nantes, face à la demande, les Restos ont dû rouvrir voilà déjà quinze jours un centre de distribution inconditionnelle d’urgence. Et à La Rochelle, la fréquentation des Restos a quadruplé dès le mois de septembre pour la distribution du samedi réservée aux étudiants, la plupart ayant été privés de jobs d’été ou de l’aide de leurs parents eux-mêmes touchés par la crise. Partout en France, la situation est alarmante. Une fois encore, l’économie sociale et solidaire est en première ligne. Et les associations d’aide alimentaire répondent à l’urgence.

Les Banques alimentaires lancent pour leur part leur collecte nationale ce vendredi. Dans les épiceries, les super ou les hypermarchés, donnez ! Car la demande d’aide alimentaire explose de 20 à 25% selon les territoires, alors que les stocks du réseau sont d’ores et déjà inférieurs de 22% à ceux de l’an dernier. Il est impératif de les renflouer pour affronter la crise sociale qui s’annonce forte et durable. Outre les collectes en magasin, les Banques Alimentaires viennent même de lancer une collecte en ligne sur « monpaniersolidaire.org ». Et elles lancent un appel à devenir bénévole durant 2 ou 3h les 27, 28 ou 29/11, dans votre région, sur : collecte.banquealimentaire.org.

Comment en est-on arrivé là ? La France comptait déjà 9,1 millions de pauvres en 2019, vivant sous le « seuil de pauvreté monétaire » de 1.063 euros par mois, nous apprenait l’INSEE mi-septembre. Puis la crise sanitaire, le confinement, le blocage économique… La croissance française dégringole à présent de 11%. Et le chômage s’envole à 9% de la population active, touchant principalement les artisans, les commerçants, les ouvriers, les jeunes travailleurs et les jeunes diplômés. La demande sociale explose dans les villes. Dans les campagnes aussi. Depuis le 1er confinement, la demande alimentaire progresse parfois de 50%. Et l’on attend encore 20 à 30% de nouveaux demandeurs cet hiver.

Voilà dix jours, la présidente du Secours Catholique s’alarmait : « La pauvreté et les inégalités ont augmenté depuis dix ans en France. Nous payons encore les effets de la crise financière de 2008. Et avec la crise sanitaire, la France franchira la barre des dix millions de pauvres en 2020 », affirmait Véronique Fayet, lors de la publication du rapport annuel de son organisation. Et le Secours Catholique d’appuyer une nouvelle fois sa demande de mettre en place un revenu minimum garanti pour tous – y compris les moins de 25 ans qui n’ont pas droit au RSA – équivalent à 50 % du revenu médian en France, soit 890 euros par mois et par personne. Pour l’heure, pas de réponse favorable des pouvoirs publics.

Le gouvernement n’est pas resté les bras croisés pour autant. Lors du premier confinement, il a d’abord débloqué 80 millions d’euros de subventions exceptionnelles pour les associations d’aide alimentaire, afin de les aider à reconstituer leurs stocks… aujourd’hui épuisés. Puis, en juin 2020, il a débloqué des aides exceptionnelles de 150€ pour certains bénéficiaires des minima sociaux, des APL ou des bourses étudiantes. Cette opération devrait d’ailleurs être renouvelée le 27 novembre prochain. Enfin, dans le cadre du plan de relance de 100 milliards d’euros, une enveloppe de 100 millions (soit 0,1%) a été fléchée vers les associations de lutte contre la pauvreté, au travers de différents appels à projets… qui n’ont toujours pas été publiés. Les associations n’en connaissent ni la forme, ni le contenu, ni les critères. Pour elles, les opportunités budgétaires sont plus évanescentes que jamais.

Pendant ce temps, la file s’allonge aux Restos du Cœur. Lors de leur création par Coluche en 1985, les Restos avaient servi 8,5 millions de repas. L’an dernier, c’était 133 millions de repas distribués dans 2.013 centres de distribution dans toute la France. Cette année, un de leur slogan retient notre attention : « Le monde d’après, on l’aurait imaginé avec moins de pauvres qu’avant ».


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