A Paris, le grand débat national se termine. Un tantinet dépressif, avec son « exaspération fiscale » et son « urgence climatique » en guise de synthèse. A Strasbourg, tout commence à peine. La capitale alsacienne, déjà capitale de Noël, des droits de l’Homme et du vélo, est à présent capitale européenne de l’Économie sociale et solidaire. Si, si ! Avec 2.000 entreprises et 30.000 salariés qui se revendiquent du secteur, c’est officiel depuis le mardi 2 avril, validé par les huiles politiques locales et nationales, entériné par un label Territoire French Impact et conforté par un joli débat à la veille des élections européennes du 26 mai prochain, sur le thème : « Quelle ambition pour l’ESS en Europe ? ». En voilà, une bonne question !

L’Europe n’a pas attendu cette fenêtre électorale pour consulter ses citoyens : « Quelle est votre Europe idéale », demandait-elle dès 2018, au travers de 1.082 « consultations citoyennes » et associatives, qui ont réuni en France plus de 70.000 participants autour – déjà – de débats participatifs et populaires. La réponse est beaucoup plus encourageante qu’au sortir de notre grand débat national. Écoutez plutôt : les Européens veulent une Europe égalitaire, cohérente, harmonieuse, pacifiée, inclusive, durable, protectrice, coopérative, accueillante et démocratique. Ahhh, ça fait du bien à entendre ! Mais n’oublions pas que ceux qui n’y croient pas… ne se sont pas exprimés.

Affirmons donc ici, pour mieux les soutenir, que les réseaux associatifs européens sont les premiers à porter le combat d’une Europe plus sociale, plus écologique et plus démocratique, comme le désirent les citoyens. Dans sa publication de janvier, le Mouvement associatif rappelait l’essentiel de leurs valeurs : éducation populaire, esprit critique, solidarité, inclusion… Des convictions fortes, incarnées au quotidien sur le terrain, comme le font par exemple depuis 2014 ces 15.000 projets associatifs français, financés à hauteur de 3,2 milliards d’euros grâce aux fonds européens du FSE. Mais certainement pas d’angélisme pour autant à l’égard de l’Europe !

Deux groupes mutualistes bataillent actuellement pour intégrer le but non-lucratif dans le droit européen, afin de contrebalancer le droit de la concurrence ultra-dominant dans toute l’Union européenne. Ainsi, la MGEN et VYV demandent que les associations, les mutuelles et les coopératives cessent d’être classées parmi les entreprises à but lucratif. Car cette conception pousse les acteurs de l’ESS à perdre des droits historiques, à modifier leurs modèles économiques et à se plier aux injonctions du marché et d’une commande publique biaisée.

Quant au Labo de l’ESS, il plaide pour une grande politique européenne de l’ESS, « car cette autre économie peut apporter de nombreuses solutions aux enjeux européens ». Globalisation, financiarisation, démocratie, égalité, transition culturelle, action sociale, emploi, climat… En proposant à Strasbourg d’être la capitale européenne de l’ESS pour 2019, Christophe Itier n’a pas dit autre chose : « L’ESS est une économie qui crée du sens et offre des solutions concrètes et efficaces aux citoyens. Strasbourg, avec son écosystème complet et très dynamique, rayonne au niveau régional, national et même européen. » L’Europe a besoin de symboles. Les peuples aussi. Strasbourg est un. Encourageons-le !