Quel paradoxe ! La semaine dernière, j’entrais chez Léonidas : « Bonjour Madame, vous avez du chocolat équitable ? Oh non Monsieur, ça c’est pour les pays pauvres ». J’ai souri. Pourtant, la lame de fond est puissante. Les Français ont acheté l’an dernier 1,3 milliard d’euros de produits du commerce équitable. Chocolat, café, bananes, céréales… La barre du milliard d’euros, franchie pour la première fois en 2017, a encore été réhaussée de 22% l’an dernier, assure Commerce Équitable France. Comme, dans le même temps, la consommation dans l’Hexagone n’a augmenté que de 0,8%, l’analyse est claire : les Français achètent autant qu’avant, mais ils achètent plus responsable. Ils expriment, avec leur porte-monnaie, leur désir d’une société plus juste, plus transparente, plus équitable. En un mot, ils redonnent du sens à leur consommation.

Mais au fait, c’est quoi le commerce équitable ? C’est d’abord une prise de conscience : dans une économie mondialisée, la chaîne de valeur se trouve très peu dans les pays du Sud (production), beaucoup dans les pays du Nord (transformation, négoce, commercialisation). Pour lutter contre la pauvreté des producteurs agricoles au Sud, là où la mondialisation exerce une pression permanente sur les prix, les principes du commerce équitable sont simples : respecter les producteurs, leur niveau de vie, leurs conditions de travail, dialoguer pour comprendre leurs besoins, fixer les prix en toute transparence, limiter les intermédiaires, acheter des quantités à l’avance quelle que soit l’évolution des marchés financiers, et inciter les producteurs à se regrouper en coopératives pour mutualiser leurs forces.

Ces coopératives de producteurs voient leurs recettes augmenter de 15% à 65%, selon les produits, grâce au commerce équitable, comparé au circuit commercial conventionnel. Le prix « juste » qui leur est versé leur permet non seulement de rémunérer intégralement leur travail, mais aussi de financer leur santé, la scolarité des enfants, de moderniser leur outil de travail, et même d’investir dans des modes de production plus respectueux de l’environnement : affranchissement des OGM, suppression des pesticides, production biologique, préservation de la biodiversité, gestion raisonnée des ressources… Au fond, qui dit justice économique, dit aussi justice climatique : « Commerce équitable et climat, même combat ! », résume le slogan de la 19e Quinzaine du Commerce Équitable, qui se déroule du 11 au 26 mai dans toute la France. Et vous, y participerez-vous ?

La France, assurément, est à un tournant en matière d’économie responsable. Les particuliers s’entichent de commerce équitable, de consommation durable, de circuits courts et d’épargne solidaire. Les entreprises développent leurs achats responsables, surveillent l’éthique des fournisseurs, certaines s’érigent même en « entreprises à mission ». Quant aux politiques, ils sont aussi à la manœuvre : le Sénat a protégé, le mois dernier, la notion de commerce équitable dans la Loi Pacte, en prévenant toute utilisation abusive du terme « équitable ». Max Havelaar s’en retournerait dans sa tombe, lui qui combattait les injustices dans les colonies néerlandaises… dans un roman paru en 1860 ! Oui, c’est un héros fictif qui a donné son nom à la Fondation suisse Max Havelaar et à ce label indépendant de commerce équitable qui se déploie chaque année davantage dans nos magasins. Nouvelle illustration s’il en fallait d’une profonde transition économique, désormais largement à l’œuvre dans la société française.