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Chouette, 1,3 milliard d’euros pour l’économie sociale et solidaire. Quelle somme ! Directement puisée dans l’enveloppe du plan de relance, indique Olivia Grégoire, la nouvelle Secrétaire d’État à l’Économie sociale, solidaire et responsable. La preuve, dit-elle, que le gouvernement veut « faire de l’économie sociale et solidaire un acteur majeur de l’avenir économique de la France » à horizon 2030, pour construire « une économie plus durable et plus inclusive ». Chouette… vraiment ? Voilà qui se discute.

Car 1 milliard d’euros dans un plan de relance de 100 milliards, cela ne représente que 1% du total. A cette aune, l’économie sociale et solidaire se voit donc assez mal dotée, elle qui pèse 10% du PIB et jusqu’à 14% de l’emploi privé en France. Ce sont 14 milliards d’euros qu’il eût fallu obtenir, pour preuve de véritable volonté politique de transformer l’économie. Ne soyons pas dupes. Les 100 milliards du plan de relance vont d’abord servir à soutenir l’activité économique traditionnelle, celle du monde d’avant, à coup de subventions accordées sans contrepartie sociale ou écologique… pour empêcher l’envolée du chômage de court terme, bien sûr.

L’emploi : voilà la grande affaire de la rentrée. Combien de faillites d’ici décembre faut-il prévoir ? Des coopératives, des associations, des entreprises sociales vont disparaître, tout comme des entreprises classiques. L’UDES, qui représente les employeurs de l’économie sociale, vient d’indiquer qu’il « existe un fort risque de dépôt de bilan pour 2,5% des associations employeuses, soit environ 4.000 associations », car elles disposent de moins de trois mois de trésorerie d’avance. Les associations employeuses comptant en moyenne 11 salariés, voilà donc 44.000 personnes menacées dans leur emploi associatif par la crise économique.

Du coup, chacun montre les muscles. La ministre Barbara Pompili promettait hier la création de 200.000 emplois en France grâce à la transition écologique. Matignon assure que 15 milliards du plan de relance seront consacrés à l’emploi et à la formation. La Caisse des Dépôts révélait lundi sa contribution au plan de relance : 26 milliards d’investissements dans la transition écologique, le logement, le soutien aux entreprises et la cohésion sociale, avec des milliers « d’emplois induits » à la clé. Sa filiale Bpifrance annonçait aussi lundi à Mediatico, sur le salon Produrable, qu’elle investira 40 milliards d’ici 2023 pour ladite transition. Comment ? Sous forme de prêts, de garanties… et de montée au capital d’entreprises stratégiques.

Des chiffres colossaux, au contenu encore si flou qu’il est bien difficile d’y départager la part d’argent nouveau, celle des redéploiements budgétaires, ou ce qui relève d’investissements accélérés qui viennent faire illusion. Difficile aussi de distinguer les dispositifs ponctuels de ceux qui sont reconductibles, donc pérennes. ESS France, qui rassemble l’ensemble des acteurs du secteur, réclame par conséquent « une programmation pluriannuelle fondée sur une vision stratégique ». Après les annonces, nous attendons des plans d’action sectoriels concrets, ciblés, chiffrés, détaillés et prospectifs, qui définissent comme un cap stratégique la transformation écologique et sociale de notre vieille économie.

En attendant, les structures de l’ESS vont pouvoir bénéficier pleinement des dispositifs de soutien sectoriels du gouvernement, se félicite aussi ESS France. Et de rappeler les difficultés considérables, jusqu’ici récurrentes, du secteur à faire valoir ses spécificités juridiques et financières pour accéder aux aides d’Etat. Cette fois, c’est promis, ça va rouler ! Au titre du soutien à l’emploi, les pistes sont déjà bien balisées : l’emploi des jeunes, l’apprentissage, ou les 120.000 nouveaux Parcours Emploi Compétences. La relance acte ainsi le grand retour des emplois aidés, hier honnis, bien pratiques aujourd’hui. Des emplois temporaires, indispensables, qui valent le temps d’une formation. Pas encore les emplois de l’avenir pour notre économie.

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