Pssst… La journée mondiale contre le travail des enfants, c’est demain, le 12 juin comme chaque année. Alors vive la noisette, vive le chocolat et vive le Nutella… et surtout, fermons bien les yeux ! Car depuis un mois, la marque italienne Ferrero, qui fabrique la fameuse pâte à tartiner, est accusée dans un article du « New York Times » de profiter de l’exploitation d’enfants de moins de 15 ans et de réfugiés syriens dans le nord de la Turquie pour récolter des noisettes 7 jours sur 7, contre un salaire de 9€ par jour. Il faut dire qu’en Turquie, 20% des enfants travaillent. Dont un tiers ont entre 6 et 14 ans. Et d’année en année, leur nombre augmente… Vous reprendrez bien une tartine ?

A l’heure où l’Organisation internationale du travail (OIT) fête ses 100 ans, sa nouvelle campagne « La seule chose qu’un enfant devrait faire travailler, c’est son imagination » sonne comme une réponse cinglante au scandale Nutella. Dans le monde, 152 millions d’enfants sont astreints au travail, au lieu de jouer et d’aller à l’école. 58% sont des garçons. 48% ont entre 5 et 11 ans. Près de la moitié font des travaux dangereux. 71% travaillent dans l’agriculture. Et 12% dans l’industrie, comme dans les mines de mica, ce minéral brillant utilisé dans les peintures de voiture, les câbles ou le vernis à ongles. C’en est assez !

« Il faut plus de justice sociale dans la mondialisation », défendait Muriel Pénicaud jeudi et vendredi derniers, lors du G7 Social qu’elle présidait à Paris. Est-ce seulement possible ? A en croire sa tribune publiée dans « Le Monde », la ministre du Travail entendait bien aborder la question du travail des enfants. Las. La déclaration finale du G7 Social manque singulièrement d’ambition, particulièrement dans son point n°23 : « Nous soutenons les initiatives existantes dans les chaines d’approvisionnement visant à éliminer le travail des enfants ». Pas de plan d’action. Pas de calendrier. Pas un mot sur l’intention d’élargir à l’international la loi française sur le « devoir de vigilance » des multinationales vis-à-vis de leurs fournisseurs.

 « Moi, j’adore le travail des enfants », me disait voilà quelques années, provocateur, l’un des directeurs de « l’investissement socialement responsable » d’Amundi, premier gestionnaire d’actifs européen. Selon lui, impossible d’empêcher le travail des enfants tant que leurs familles vivent sous le seuil de pauvreté, surtout si les services d’éducation ne sont pas obligatoires et gratuits. Jolie façon de se dédouaner. A l’époque, les financiers se pensaient épargnés par les controverses liées à la chaîne d’approvisionnement. A présent, l’article 173 de la Loi de Transition Énergétique leur impose d’être transparents quant aux effets sociaux et environnementaux de leurs investissements. Les choses avancent.

Et côté consommateurs, on fait quoi ? Pour commencer, cessons de fermer les yeux. Écoutons bien les ONG comme Terre des Hommes ou Amnesty International, qui nous informent. Réclamons aussi une application pour smartphone, qui nous garantira la traçabilité de chaque produit et ses conditions de fabrication. Enfin, surtout, faisons parler nos porte-monnaie. Selon une étude publiée la semaine dernière dans la revue californienne Plos One, les consommateurs sont prêts à payer 11,8% plus cher pour que le travail des enfants soit éradiqué dans la production de cacao au Ghana. Et vous, vous seriez prêts à payer plus cher un concurrent du Nutella qui ne ferait pas travailler les enfants ?