[Par Emmanuel de Lutzel, vice-président Habitat et Humanisme Morbihan, et Pascal Glémain, enseignant Université Rennes 2, chercheur à ESO-UMR CNRS]

Début novembre 2022 aura lieu le premier Tour de Bretagne de la Finance Solidaire, avec des étapes à Rennes le 7 novembre, Lannion le 8, Vannes le 9 et Quimper le 23.

Cette initiative originale portée par une vingtaine d’acteurs de l’Économie sociale et Solidaire autour d’Habitat et Humanisme et de France Active, vise à faire connaître la finance solidaire auprès du grand public et à expliquer comment la soutenir concrètement.

Créée en 1995, l’association Finansol devenue FAIR en 2021 (Financer, Accompagner, impacter, Rassembler) labellise plus de 180 produits financiers, et totalise plus de 25 milliards d’euros d’en-cours, avec une croissance en 2021 de 27%. Les produits financiers concernés peuvent être des fonds d’investissement ou des livrets servant à financer des organisations solidaires, des fonds de partage dont les revenus vont être attribués à ces organisations, ou encore des investissements directs dans des structures solidaires.

Avec plus de deux millions d’épargnants solidaires, la France est championne du monde de la finance solidaire. Celle-ci connaît depuis dix ans une croissance à deux chiffres mais ce sujet reste malgré tout relativement confidentiel. 

Pourtant, selon les données de FAIR concernant l’année 2021, ce sont 38758 emplois qui ont été soutenus par la finance solidaire, 1619 nouvelles familles relogées, 1212 hectares d’agriculture biologique cultivés, et près de 4,6 millions de personnes qui ont pu bénéficier de la solidarité internationale. Le secteur associatif a également bénéficié de 4,3 millions d’euros de dons pour financer ses activités d’utilité sociale.

La finance solidaire n’est cependant pas une idée neuve en France ou en Europe, elle existait déjà, sous d’autres formes, dès le Moyen-âge. Dans sa forme moderne, elle s’est développée rapidement en France suite à la création, en 1995, du collectif Finansol autour d’acteurs de l’Économie Sociale et Solidaire, tels que l’ADIE, France Active, Habitat et Humanisme, le Crédit Coopératif, la NEF et le Mouvement des Clubs d’Investisseurs pour une Gestion Alternative et Locale de l’Épargne Solidaire (CIGALES).

Mais de quoi parle-t-on ? Nous avons entendu de nombreuses anecdotes d’investisseurs motivés par l’économie sociale et solidaire qui sont entrés dans leur banque en demandant : « je voudrais investir éthique ». Et leur banque leur a proposé d’investir dans des fonds communs dits socialement responsables, dans lesquels les clients ont découvert des grandes capitalisations du marché boursier de Paris ou de New York. La finance solidaire est en effet différente de l’investissements socialement responsable (ISR) qui repose sur des critères extra-financiers (environnement, social et gouvernance) et s’applique habituellement à des grandes entreprises cotées en bourse. Elle finance des petites structures qui ne sont pas cotées en bourse. De plus, si elle apporte des capitaux, elle propose aussi un accompagnement socio-économiques aux structures qui lui font appel. 

Ainsi, lorsque Saint Gobain ou Veolia respectent des critères sociaux ou environnementaux reconnus par des agences de notation extra financière, il s’agit d’investissement socialement responsable dans le cadre de la politique de responsabilité sociale de ces entreprises. Mais lorsque la Foncière Habitat et Humanisme construit une résidence pour personnes à bas revenus ou lorsque France Active prête à des entreprises sociales, il s’agit d’investissement solidaire dont l’objectif premier est d’améliorer la situation du logement ou de l’emploi.

Sur la période 2002-2022, qui retrace le 20ème anniversaire du baromètre, l’encours de la finance solidaire a évolué de 0,51 milliard en 2002 à 25 milliards en 2022, soit une multiplication par 48. Pour la seule année 2021, la croissance est restée forte (27%), mais différenciée selon les segments : l’investissement direct dans les structures solidaires ne représente que 5% du total, avec une croissance de 15%. En revanche, l’épargne salariale solidaire, avec 14 Md Euros soit plus de la moitié du total, a cru de 21% et l’épargne bancaire qui représente 40% du total, a connu une croissance record de 38%

Selon l’observatoire FAIR Finansol, la part de l’épargne solidaire représente seulement 0,42 % du total des placements des Français. Mais plusieurs faits nous conduisent à penser que cette proportion va continuer à progresser.

En effet, depuis plus de 20 ans, les acteurs de la finance solidaire ont su démontrer qu’il était possible de combiner gestion financière et utilité sociale. En outre, des dispositions réglementaires favorables ont accru le nombre de souscripteurs. La Loi Fabius de 2001 a rendu obligatoire l’option solidaire dans l’épargne salariale pour les entreprises de plus de 50 salariés (soit 10 millions de salariés en France) et la loi PACTE de 2019 a fait obligation aux assureurs de proposer au moins une unité de compte solidaire dans les contrats d’assurance-vie dès 2022.

Dans ce contexte, le Tour de Bretagne de la Finance Solidaire aura lieu sur un territoire particulièrement favorable. L’Économie Sociale et Solidaire en Bretagne est parmi les plus dynamiques, pesant 14% de l’emploi, contre 10.5% au niveau national et 6.3% en Europe. D’après une étude réalisée par FAIR pour le Conseil Régional, la Bretagne est la sixième région française pour la finance solidaire. En 2021, 165 projets solidaires ont été financés dans la région, pour un montant de plus de 22 Millions d’euros. Outre les grands acteurs nationaux comme France Active, ADIE ou Habitat et Humanisme, la Bretagne compte aussi de nombreux acteurs locaux comme la trentaine de club d’investissement solidaires CIGALES, rassemblant plus de 400 épargnants.

Après une croissance exceptionnelle de 141% en 2020, la croissance de la finance solidaire en Bretagne en 2021 est restée forte (7%), mais le potentiel de développement demeure important. Le baromètre de la finance solidaire 2023 devrait nous confirmer cette tendance positive tant au niveau régional que national.

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