Par Marlène Schiappa, Secrétaire d’État chargée de l’Économie sociale et solidaire et de la Vie associative.

Engagée sur ces sujets de longue date, j’observe que l’engagement associatif a très souvent précédé celui des pouvoirs publics sur différents sujets autour de la santé des femmes. Sur la question de l’endométriose, les associations se sont mobilisées pour la faire reconnaître comme une maladie bien avant les autorités. Il en est de même pour l’ouverture de la PMA à toutes les femmes : pendant des années les associations ont partagé leur combat pour engager une PMA à l’étranger et les difficultés de santé que cela engendrait. C’est cela qui a permis aux pouvoirs publics de s’emparer de ces sujets. C’est le cas aussi sur les violences gynécologiques et obstétricales. Quand je suis arrivée au gouvernement en 2017, j’ai demandé un rapport sur ce sujet au Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, et là aussi des collectifs se sont mobilisés pour faire entendre la voix des femmes. Idem pour les mutilations génitales que vivent encore trop de petites filles et trop de femmes en France et à travers le monde : c’est le sens du plan national d’action visant à éradiquer les mutilations sexuelles féminines que nous avons lancé avec des associations comme le GAMS. Enfin, sur la question de la vie affective et sexuelle à l’école, et donc des premières informations relatives à la contraception, ce sont aussi les associations qui interviennent dans les écoles et qui travaillent avec le milieu scolaire pour mettre réellement en place la loi de 2014.

Beaucoup de bénévoles engagés dans les associations sont des femmes, souvent elles-mêmes touchées par ces problématiques. On peut s’en réjouir : vive la solidarité féminine ! Mais on peut le déplorer comme responsable politique car les politiques publiques se doivent d’être plus à la hauteur et plus avant-gardistes pour accompagner les femmes.

Ainsi se poursuit le mois d’octobre rose. J’étais la semaine dernière avec l’association « Les Bonnes Fées » qui travaille pour que des socio-esthéticiennes accompagnent des femmes atteintes de cancers du sein dans leur reconstruction et reconnexion avec leurs corps. Le rôle des associations est fondamental dans le paramédical, l’accompagnement au bien-être, le fait de se relier avec son corps, d’oser se regarder de nouveau dans une glace avec un sourire quand on a perdu ses cheveux, parfois été opérée d’un sein ou vécu des problèmes de peau en plus des traitements. C’est aussi le travail mené par la Ligue contre le cancer des Bouches-du-Rhône que j’ai visitée le mois dernier et tant d’autres associations remarquables !

Un élément me paraît fondamental dans l’égalité entre les femmes et les hommes : celui du temps. J’ai présidé pendant une dizaine d’années le réseau « Maman travaille » et nous avions lancé une étude sur l’équilibre des temps de vie en demandant aux femmes « à quoi renoncez-vous en premier quand votre agenda est trop chargé ? » La première chose qu’elles répondaient, ce n’était pas les rendez-vous des enfants, les tâches ménagères ou autres mais les rendez-vous médicaux pour soi-même. Le temps empêche parfois les femmes d’avoir accès à la santé. La désertification médicale aussi. Quand on prend la décision de se prendre en main mais qu’il n’y a pas de médecin à côté de chez soi, c’est une difficulté supplémentaire. J’étais la semaine dernière en Sarthe avec François Braun pour évoquer notamment la question de la désertification médicale.

Mais au-delà de la question du temps, nous devrions nous pencher sur le rapport des femmes à la douleur. Je ne peux pas m’empêcher d’observer que depuis le plus jeune âge, on nous dit qu’il il faut souffrir pour être belle ou encore « tu accoucheras dans la douleur ».  Cela construit le rapport des femmes à la douleur. La douleur est censée être une alerte et un message de notre corps pour nous dire que quelque chose ne va pas. Mais si on nous dit depuis le plus jeune âge que la douleur est nécessaire et que nous devons la subir pour être belle et de préférence en silence, cela contribue à nous déconnecter de notre corps et donc de la douleur. Combien de temps avons-nous mis à comprendre que les règles étaient normales mais que les douleurs ne le sont pas ?

Inégalité ensuite sur la question de la contraception : la contraception et la pilule pour hommes seraient prêtes mais sa mise sur le marché serait impossible en raison d’effets secondaires difficiles pour les hommes (boutons, prise de poids, rétention d’eau…). Sérieusement ? Mais les femmes le subissent déjà, sans que cela n’agite le débat public ! C’est pourquoi un certain nombre de collectifs d’hommes ont posé la question de la contraception et de la prise de contrôle de leur propre contrôle et fertilité.

Enfin, je voudrais vous parler du rôle fondamental du lien entre les violences sexistes et sexuelles et l’aspect médical car le sujet est encore trop minimisé, bien que #meetoo et dans une moindre mesure le Grenelle des violences conjugales ont permis d’aborder et de parler de ces questions : les violences sexuelles produisent des effets secondaires importants. Emmanuelle Piet du « Collectif féministe contre le viol », porte ce message depuis longtemps, et explique qu’une femme qui a vécu des violences sexuelles par la bouche, aura par exemple du mal à aller chez le dentiste, ce qui mettra en danger sa santé bucco-dentaire.

Je veux saluer là encore le rôle des associations, des mutuelles, et remercier la MGEN de s’engager dans ce débat. Je veux remercier le corps médical dans son ensemble pour l’aide qu’il apporte aux femmes pour qu’elles se fassent entendre. Je déteste l’expression de la « libération de la parole », je préfère parler de la « libération de l’écoute » car les femmes parlent depuis des générations.

Nous avons notamment travaillé notamment avec l’ordre des pharmaciens pendant le confinement pour qu’ils puissent être des tiers de confiance pour les femmes victimes de violences conjugales, avec l’ordre des médecins pour qu’une levée partielle et encadrée du secret médical puisse exister quand il y a un danger de mort imminent quand la femme vient consulter… Cela montre à quel point le lien entre les femmes et l’accès à la santé est précieux sur absolument tous les niveaux. J’en terminerais en soutenant le questionnement systématique des professionnels de santé :  à chaque fois qu’une femme, qu’un homme ou enfant vient consulter, on lui demande si elle a été victime de violence sexiste et sexuelle. Les personnes victimes ouvrent rarement le sujet d’elles-mêmes, et, en leur demandant alors peut-être qu’elles peuvent parler et que cela peut être le commencement de quelque chose. Oui, comme disait Simone Veil : il suffit d’écouter les femmes.


Marlène Schiappa est Secrétaire d’Etat chargé de l’Économie sociale et solidaire et de la Vie Associative : son profil sur la page du gouvernement

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