A horizon 2030, un tiers de la population française aura plus de 65 ans… et une grande partie d’entre elle sera dépendante. « L’enjeu, c’est la prévention de la dépendance« , affirme Asmae Chouta, directrice de l’association INVIE, qui a créé une plateforme de modernisation et de professionnalisation sur les métiers de la dépendance et du grand âge, ainsi qu’un salon international de l’innovation nommé E-Tonomy (les 9 et 10 octobre prochains), pour faciliter les rencontres entre professionnels de santé, grand public et aidants. « La France n’est absolument pas en retard : il y a beaucoup d’innovation, la silver économie est en plein boom… ce qui manque, c’est l’adéquation entre l’offre de la silver éco et les besoins des usagers et c’est ce à quoi sert notre hub E-Tonomy« , indique-telle dans cette interview vidéo accordée à Mediatico.

Membre de la mission El-Khomri sur l’attractivité des métiers du grand âge mise en place par la ministre de la Santé Agnès Buzyn en juillet dernier, Asmae Chouta appelle à la création d’un Observatoire national, qui permettra de recenser enfin toutes les données nécessaires à l’anticipation des besoins, à la modernisation du secteur et à la construction d’une politique publique efficace. « C’est important pour évaluer la qualité de vie au travail, les besoins en recrutement et le nombre de structures existantes« , explique-t-elle à Mediatico. « Les pouvoirs publics ont pris conscience de l’enjeu, mais il y a une réalité : celle des finances publiques« , poursuit-elle. Face à une grande attente et dans le cadre d’un budget contraint, « la difficulté sera de prioriser les actions« . Un observatoire devrait y aider.

S’inscrivant pleinement dans une démarche d’économie sociale et solidaire, elle nous parle d’emplois non-délocalisables, de circuits courts vers l’emploi, de métiers du lien social, d’insertion professionnelle… Elle rappelle que nombre de structures du secteur sont labellisés comme Entreprises solidaires d’utilité sociale (Esus) et qu’elles réinvestissent leurs bénéfices – quand elles en font – dans le projet social. Elle souligne aussi que le rapport Libault s’est fixé pour premier objectif de renforcer l’attractivité des métiers du secteur, car « ce ne sont pas des femmes de ménages, mais des métiers de rencontre, de lien social, d’auxiliaire de vie et d’aide à domicile« . Et d’énumérer tous les leviers d’attractivité : la refonte de la formation, la rémunération, la qualité de vie au travail, les conventions collectives, la reconnaissance des métiers…

Elle nous explique aussi le modèle économique d’INVIE, saluant l’engagement à ses côtés des collectivités publiques, mais aussi d’entreprises privées comme Mircosoft ou Malakoff-Mederic. Et elle répond aux questions de lecteurs de Mediatico, dont une portant sur l’enjeu de la mobilité, qui est à la fois un frein à l’emploi et un enjeu de modèle économique des structures : « Les déplacements représentent une grande partie des frais liés aux missions, souligne-t-elle, mais une intervenante à domicile sans véhicule ne peut pas garantir un temps plein« . INVIE réfélchit donc aussi à des solutions concernant l’accès au permis de conduire dans les zones rurales, ainsi qu’à la mise à disposition de véhicules pour les salariés, en passant par exemple par des accords entre les employeurs et les constructeurs automobiles, comme Renault le fait avec son programme Mobiliz.