Alors que le nombre de prisonniers a baissé de 10.000 personnes en France en avril à cause du coronavirus, Mediatico a voulu savoir comment les détenus vivaient cette période si particulière du confinement. Une question encore plus d’actualité aujourd’hui, avec le début du déconfinement en France. Car pour chacun d’entre nous, ce déconfinement progressif est déjà presque un retour à la liberté. Mais pour eux, à quoi ressemble la situation ? Clotilde Gilbert, ancienne aumônier en prison, est aujourd’hui directrice de Wake up Café, une association créée en 2014, lauréate de la Fondation la France s’Engage, qui accompagne actuellement 140 sortants de prison pour permettre leur retour dans la société.

Parmi les 140 “Wakeurs” accompagnés par Wake up Café, certains sont encore en détention. Le lien avec eux se fait grâce à un numéro d’appel spécial, que les détenus peuvent appeler depuis les coursives. Ou via les chargés d’insertion, qui entretiennent avec eux une correspondance postale. Et leurs retours sont éloquents. “Ils vivent le confinement dans ce confinement qu’est déjà la prison“, explique Clotilde Gilbert : “Beaucoup moins de cantine, plus de parloirs, ne plus voir leur famille est extrêmement difficile“.

“La semi-liberté, qui représente un pas vers une vraie liberté, ne l’était plus à cause du confinement”

Pour ceux qui sont “dehors”, le retour à une “liberté confinée” est aussi très déroutant. Ils vivent souvent nombreux dans de petits appartements. Ils ont besoin de travailler pour vivre mais le travail n’est plus disponible. Le trafic en bas des immeubles continue et implique un risque de récidive permanent… “Juste avant le confinement, nous avons donc gardé notre site de Boulogne ouvert et fermé les trois autres“, raconte Clotilde Gilbert, “mais il leur fallait un lieu d’accueil pour se retrouver“. Puis le confinement est arrivé. Pour eux, la semi-liberté, qui représente un pas vers une vraie liberté, ne l’était plus à cause du confinement.

Alors l’association Wake up Café a commencé à se réinventer. Télétravail d’abord pour toute l’équipe. Puis recours au chômage partiel, faute de visibilité financière. Lancement d’une newsletter spéciale confinement aussi, composée de témoignage de Wakers qui sont à l’extérieur, pour aider chacun à tenir. Enfin, les parcours de réinsertion sont devenus numériques. Avec l’application vidéo Zoom, des tablettes, des clés 4G et des cartes sim pour… garder la connexion. Deux rendez-vous par jour, à 11h et à 15h, pour poursuivre les ateliers de préparation à l’emploi ou de reconstruction de soi. Le tout, grâce au soutien de Simplon, de la Fondation la France s’Engage, de la Fondation de France, mais aussi de partenaires privés qui sont venus proposer du temps de collaborateurs sous forme de mécénat de compétences.

Face au Covid, il aurait été scandaleux de laisser autant de personnes enfermées ensemble

Que pense Wake up Café de la baisse de 10.000 prisonniers dans les prisons françaises au mois d’avril, destinée à éviter une crise sanitaire et sécuritaire dans les prisons ? “Nos prisons sont surpeuplées, estime Clotilde Gilbert, il aurait été scandaleux d’un point de vue sanitaire de laisser autant de personnes enfermées ensemble dans des cellules toutes petites“. Par ailleurs, poursuit-elle, plus de 90.000 personnes sortent de prison chaque année, alors que la France compte environ 71.000 détenus. “Le temps moyen d’incarcération est donc de 8 mois : les personnes libérées devaient pour la plupart sortir cette année. Le scandale ne me paraît pas justifié“.

Financièrement, la trésorerie de l’association permet pour l’instant de tenir jusque mi-août. C’est peu, mais c’est mieux que beaucoup d’autres structures de l’économie sociale et solidaire. Surtout, Wake up Café n’imagine pas être lâchée par les pouvoirs publics, compte tenu de sa forte utilité sociale et de la reconnaissance dont elle jouit auprès du gouvernement, de l’administration pénitentiaire, ainsi que du ministère du Travail qui lui a accordé son label 100% Inclusion. Un label qui récompense les parcours de remobilisation des personnes fragilisées vers un emploi durable.

Le Thalassa, un nouveau haut-lieu de l’ESS à Paris

Quant à l’avenir, il est incarné par un beau symbole : le Thalassa, amarré face à la statue de la Liberté, dans le 15e arrondissement de Paris. Ce navire va devenir un haut-lieu de l’économie sociale et solidaire, doté d’un restaurant de 1.000 m2 à quai, d’un autre à bord, permettant de former aux métiers de la restauration et de proposer des emplois aux personnes accompagnées par Wake up Café, avec des opportunités de réservation et de privatisation de salles, un bureau de l’emploi, une Fabrique Simplon à bord…

Un projet à 3 million d’euros d’investissement, dont il manque encore un-tiers ! Mais le restaurant ouvrira tout de même mi-juillet. Avec l’autorisation de la Ville de Paris et “si les conditions sanitaires sont réunies“, bien sûr.

Pour soutenir Wake up Café : https://www.wakeupcafe.org/

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