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Qui l’eût cru ? Pendant la crise sanitaire, les légumes continuent de pousser et les poules de pondre, si, si ! Le mouvement des Amaps, ces associations pour le maintien de l’agriculture paysanne, qui sont toutes indépendantes les unes des autres, s’est donc très vite interrogé sur la poursuite de ses activités lors de la mise en place du confinement. Aller chercher les légumes dans des fermes de proximité (moins de 100 km) pour les distribuer à des consommateurs engagés qui adorent se retrouver chaque semaine, voilà qui devenait compliqué.

Les Amaps ont donc poursuivi leurs activités, mais en instaurant des règles de distanciation élémentaires, nous explique Evelyne Boulogne, porte-parole du Miramap, le mouvement inter-régional des Amaps : 8 clients au maximum par quart d’heure, port du masque obligatoire, espacement de 2 mètres entre chaque personne, sacs individuels nominatifs pour une distribution plus rapide… Et surtout pas de papotage habituel à l’issue de la distribution. Dur !

« Le boulanger fournit les oeufs, le maraîcher le fromage de chèvre »

La principale difficulté a été de trouver de nouveaux lieux de distribution. Les salles, en général prêtées par des mairies, des écoles ou des cafés associatifs, se sont trouvées interdites au public du jour au lendemain. Les premiers jours, les distribution se faisaient à la sortie du camion. Puis les choses se sont organisées : sur le trottoir face au lieu de distribution habituel, dans des jardins partagés ouverts temporairement aux adhérents, dans une ferme située à proximité, à l’intérieur du magasin Biocoop le plus proche… « Tout le monde a pu livrer« , assure Evelyne Boulogne.

Pour limiter les déplacements, les producteurs ont fait un effort de mutualisation : « Le boulanger fournit aussi les oeufs, le maraicher apporte les fruits et le fromage de chèvre« , détaille la porte-parole du Miramap. Mais le principal souci des producteurs est à venir : dans les Amaps, les consommateurs adhèrent à une charte qui les engage à donner un coup de main pour le désherbage ou le ramassage des tomates. Cette saison-là n’est pas encore arrivée, mais si le confinement dure jusqu’en juin-juillet, les choses seront plus compliquées.

« La vie est faite de crises et de chocs, c’est la caractéristique du vivant »

Surtout, cette crise montre la résilience du modèle des circuits courts, assure Evelyne Boulogne. « La vie est faite de crises et de chocs, c’est la caractéristique du vivant, nous y sommes préparés. Les Amaps sont d’ailleurs nées d’une crise, celle de la vache folle« , poursuit-elle. Cette crise-ci n’est donc qu’une crise de plus et la réponse tient en une production agricole de qualité, bio ou raisonnée, mais aussi en une nouvelle conception du foncier agricole dans de nouvelles installations respectueuses de l’humain et de son environnement.

« Il faut arrêter les chaînes longues d’approvisionnement alimentaire, arrêter la grande distribution qui formate l’offre de produits et qui nous fait manger ce que nous montre la publicité« , plaide Evelyne Boulogne, « il faut relocaliser l’agriculture et rapprocher le consommateur du payson pour que l’on comprenne ses préoccupations« . Quant à l’appel du ministère de l’Agriculture aux Français pour qu’ils aident bénévolement les producteurs, elle poursuit : « C’est l’agriculture biologique qui a besoin de main d’oeuvre, pas l’agriculture conventionnelle de la FNSEA » !

Et de conclure ce vibrant plaidoyer : « Je n’ai pas confiance en nos dirigeants, excusez-moi, mais je compte sur l’opinion publique : il faut que ce soit nous qui gagnions, pas l’agro-industrie« . Touché !


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