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Notre atelier de couture est très calme : nous avons arrêté de fabriquer des jeans pour fabriquer des masques, sourit Thomas Huriez, président de 1083. Depuis le début de la crise, cette marque de jeans français en coton bio, basée à Romans, dans la Drôme, est dans l’action. Tout est parti de leurs contacts locaux : “Dès le début du confinement, des médecins et des infirmiers locaux, inquiets du manque de masques, nous ont envoyé l’invitation du CHU de Grenoble à fabriquer soi-même ses masques. Nous avons décidé de les aider, c’est un geste de solidarité qui fait sens“, poursuit Thomas Huriez.

Il a donc fallu réorganiser l’entreprise. Première étape, maintenir un service minimum avec son associé de frère. Puis trouver du tissu pour les masques : facile, les fond de poche des jeans font parfaitement l’affaire. Ensuite, reproduire le gabarit du CHU de Grenoble. Enfin, trouver des petites mains pour coudre ces masques en grand nombre, en pariant sur la force des réseaux sociaux. Quelques posts sur Facebook et Instagram ont permis de recruter les premiers bénévoles, jusqu’à rassembler aujourd’hui 300 couturiers et couturières locaux, qui cousent les masques chez eux. Voilà pourquoi l’atelier de Romans est à l’arrêt.

1,083 million d’euros levés en 12 heures sur Lita.co

“Chez 1083, nous avons trois activités, détaille Thomas Huriez : “la filature et le tissage dans les Vosges, avec l’entreprise Tissages de France que nous avons reprise il y a 18 mois et qui est notre principal fournisseur ; l’activité e-commerce basée à Romans qui représente 50% de notre activité et qui continue de vendre des jeans au ralenti actuellement ; et notre activité de vente en magasins, à Lyon, Grenoble, Nantes et Paris, naturellement tous fermés avec le personnel en chômage partiel”. Au total, 70 salariés, dont une partie en télétravail, pour un chiffre d’affaires annuel de 8 millions d’euros.

La trésorerie se tient bien, c’est plutôt la capacité d’investissement qui interroge le dirigeant. 1083 avait en effet réussi une levée de fonds participative impressionnante sur Lita.co l’an dernier, de 1,083 million d’euros, en temps éclair de 12 heures ! De quoi voir venir, d’autant que la reprise de Tissages de France se déroule bien avec un exercice 2019 déjà presque à l’équilibre. Mais les charges fixes y sont plus importantes que sur la vente en ligne. Du coup, 1083 sollicite le fameux prêt de trésorerie garanti par l’Etat, en espérant que son remboursement n’obérera pas sa capacité d’investissement. Mais pour une marque engagée, le jeu en vaut la chandelle.

“Revalorisons les métiers manuels : derrière le mot ouvrier, se cache le mot oeuvre”

Cette période redonne de la valeur à tous les métiers manuels oubliés, qui soutiennent ceux qui sont en première ligne“, affirme Thomas Huriez. Ce trentenaire entend ainsi contribuer dans la prochaine décennie à la revalorisation de l’industrie manufacturière, du métier d’ouvrier en général et de celui de couturier en particulier. Comme ont su le faire les cuisiniers, dit-il, en mettant en avant leur savoir-faire et parvenant au final à attirer de nouvelles générations. “Les ouvriers doivent prendre conscience de leur valeur, derrière le mot ‘ouvrier’ se cachent les mots ‘oeuvre’ et ‘ouvrage’, c’est quand même mieux qu’un ‘opérateur’, un ‘robot’ ou un ‘automate’ !

Cette crise démontre enfin l’importance de l’ancrage local pour une économie pérenne et durable, Thomas Huriez en est convaincu depuis l’enfance : “J’ai grandi dans un contexte où toutes les usines délocalisaient et fermaient, j’ai porté 1083 pour répondre à cela. Nos emplettes font non seulement nos emplois, mais aussi notre souveraineté alimentaire et sanitaire. Plus on produit local, mieux on répond à nos besoins“, assure-il. Il se sent la responsabilité de porter ces messages le plus fort possible. “Car beaucoup de décisions vont se prendre maintenant : nos idées doivent être au rendez-vous“.


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