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Les épiceries solidaires ont connu un afflux de nouveaux bénéficiaires dès le début du confinement… et ce n’est que le début. Avec la crise économique et sociale qui s’annonce, elles seront davantage mobilisées encore dans les mois qui viennent. Chômage partiel, baisse de revenus, difficultés financières… La spirale, toujours la même, touche même des familles qui se croyaient à l’abri. Pour les aider, les services sociaux les orientent notamment vers les 380 épiceries solidaires du réseau ANDES, qui leur proposent non seulement des produits alimentaires à très bas prix, mais aussi un accompagnement social, encadré par des bénévoles, afin de répondre à des difficultés passagères et lever les freins à l’emploi.

Des fruits, des légumes, des conserves, du pain, du lait… Ici, tout ressemble volontairement à un commerce de proximité classique, pour ne surtout pas stigmatiser les usagers. Sauf que « les produits sont vendus entre 10% et 30% de leur valeur marchande réelle« , explique Yann Auger, directeur de l’ANDES, l’Association nationale des épiceries solidaires. Comment est)-ce possible ? Les approvisionnements viennent pour 70% de dons, de collectes alimentaires et de la « ramasse » en supermarché, c’est-à-dire de la récupération de produits à dates courtes, précise-t-il. Les 30% restants proviennent d’achats auprès de divers distributeurs, pour achalander convenablement les rayons de l’épicerie solidaire.

Négocier les prix avec les supermarchés

Voilà qui pose la question du modèle économique de ces épiceries d’un autre genre, qui sont toutes des structures associatives indépendantes, bien que réunies dans un réseau national. « Elles cherchent naturellement des solutions pour s’approvisionner au plus bas coût sur le marché« , explique Yann Auger. Parfois dans le cadre d’une négociation commerciale classique, mais parfois en s’en affranchissant d’emblée, en arguant de leur engagement solidaire sans but lucratif. A condition que leurs interlocuteurs acceptent de l’entendre de cette oreille, bien entendu.

C’est d’ailleurs l’un des défis de l’ANDES que d’établir à court terme des relations plus sereines avec l’ensemble des grandes enseignes de distribution. Il semble en effet aberrant de faire des courses au supermarché afin de remplir ses rayons, pour revendre ensuite les mêmes produits à perte, entre 10% et 30% de leur prix réel. Sans doute le prix à payer pour un service social correctement rendu, que viennent compenser des subventions locales ou nationales, sur les crédits sociaux des collectivités.

Objectif : collecter 1 million d’euros

Les épiceries solidaires ne sont pas assez nombreuses en France pour répondre à tous les besoins, explique Yann Auger : « On estime que 9 millions de personnes sont en situation de précarité alimentaire. Avec la crise sociale qui arrive, on va se retrouver face à un afflux important de nouveaux bénéficiaires« . L’ANDES sollicite donc actuellement de grandes entreprises partenaires pour constituer un fonds de 1 million d’euros, destiné à lancer l’amorçage de 100 nouvelles épiceries solidaires sur le territoire national, au travers d’un appel à projets auquel peuvent répondre les communes candidates.

Joli pari, que le grand public pourra aussi s’approprier dès la fin juin au travers d’une opération de financement participatif, qui ressemble dans son esprit à l’opération « 1.000 Cafés » lancée par le Groupe SOS, un groupe de l’économie sociale et solidaire dont fait également partie l’ANDES. « Nous nous appuyons en effet sur l’expérience d’autres structures du groupe« , confirme Yann Auger : le diagnostic de territoire, l’identification des besoins, la proposition de solutions réplicables à l’échelle nationale, et surtout la sélection des villes candidates. « Quand une ville se dit prête à lancer une épicerie solidaire, le plus dur est fait« , conclut Yann Auger. Il ne reste alors plus qu’à l’accompagner.


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