Réparer les humains en luttant contre le gaspillage… drôle de défi, non ? C’est celui d’Emmaüs Défi, un laboratoire d’innovation sociale installé à Paris, reconnu comme chantier d’Insertion, qui lutte contre la pauvreté des personnes en grande exclusion en leur proposant des emplois liés à la collecte d’objets d’occasion.

Pour comprendre le fonctionnement de cette association, nous avons suivi le parcours d’un casse-noisette allemand, un objet un peu particulier dont Ada souhaite se débarrasser. Avec ce reportage vidéo, nous voyons ainsi comment Emmaüs Défi récupère toutes sortes d’objets, auprès de particuliers ou d’organisations diverses.

Première étape, ces objets sont collectés. A Paris, l’association dispose de 60 points de relais Amistock. « Un Amistock, c’est quelqu’un qui propose de l’espace chez lui, pour récupérer des objets qui seront donnés à Emmaüs », explique Mélissa Potier, responsable du magasin Easyoptic. Emmaüs Défi lui envoie du personnel pour récupérer ces objets et chacun y trouve son compte : « C’est très pratique d’avoir un Amistock près de chez moi », confirme Ada.

Lutter contre la grande exclusion

Puis, ces objets sont transportés jusqu’à l’atelier d’Emmaüs Défi, où ils sont triés et remis en état, avant d’être revendus à bas prix dans l’une des deux boutiques de l’association, dans le 19e arrondissement de Paris. Gros avantage : de la collecte à la vente, en passant par la réparation, toutes ces étapes sont créatrices d’emplois. Or, au-delà du réemploi des objets, Emmaüs Défi s’est aussi donné pour mission de lutter contre la grande exclusion et de permettre à chacun de retrouver sa dignité et sa place dans la société au travers d’un emploi.

Au sein de son chantier d’insertion, Emmaüs Défi accueille sans condition toutes les personnes en situation de précarité qui expriment la volonté de travailler. Depuis son lancement, Emmaüs Défi a pu compter sur le soutien essentiel de nombreux partenaires comme les pouvoirs publics, les entreprises et les acteurs sociaux. L’association emploie aujourd’hui pas moins de 155 salariés en insertion, 61 permanents dont une partie d’encadrants, ainsi que 196 bénévoles.

Le dispositif Premières Heures

Mieux, Emmaüs Défi innove ! Grâce au Dispositif Premières Heures (DPH), d’abord initié par Emmaüs Défi puis soutenu par le département de Paris, les personnes exclues de la société peuvent reprendre une activité professionnelle selon un rythme très progressif : ils peuvent venir travailler seulement 4h par semaine et recevoir pour cela un bulletin de salaire, bien que le droit du travail n’était pas prévu pour ce genre de formule. Bien sûr, les salariés peuvent travailler davantage, pour arriver progressivement à 26h de travail hebdomadaire dans le cadre d’un Contrat à Durée Déterminée d’Insertion (CDDI).

« Nous avons le droit à une deuxième chance, le travail à l’heure permet de prendre le taureau par les cornes pour des gens qui ont été éloignés de l’emploi durant 10 ou 15 ans », témoigne Jean-Patrick Koné, salarié chez Emmaüs Défi. Le Dispositif Premières Heures s’inscrit dans le Pacte Parisien de lutte contre la grande exclusion. Il a permis l’accompagnement de 638 personnes pour plus de 90 000 heures de travail rémunérées. En 2017, parmi les 19 salariés ayant bénéficié du Dispositif Premières Heures au sein d’Emmaüs Défi, 85% sont sortis de la rue et ont signé un CDDI dans un chantier d’insertion de la région.

« Les dispositifs classiques d’accompagnement ne suffisent pas. Si l’on veut tendre la main aux personnes qui connaissent la grande exclusion, développons de nouvelles solutions. Faisons des expérimentations. Et surtout, lorsqu’elles marchent, faisons en sorte qu’elles soient reprises et déployées », conclut Rémi Tricart, directeur général de l’association à l’époque de ce reportage vidéo.

Aller plus loin :

Partagez cet article