3 questions à Hugues Sibille
Président du think tank Le Labo de l’ESS

 
Comment adapter l’esprit de l’ESS sur un territoire aussi grand que l’Europe ?
 
L’Europe, ce ne sont pas que des institutions : Parlement, Conseil de l’Europe, Commission Européenne… Ce sont avant tout des populations et des territoires sur lesquels évoluent des acteurs économiques et sociaux. Faire l’Europe de l’ESS, c’est établir plus de relations entre ses acteurs et ses Etats-membres. Lorsque l’on interroge les européens sur l’apport de l’Europe, beaucoup plébiscitent Erasmus, ce programme d’échange concret qui permet de mieux se connaître. Dans le prolongement, le Labo de l’ESS propose de créer un Erasmus de l’ESS, dans son « Plaidoyer de l’ESS européenne ». L’idée est de permettre à des personnes engagées dans l’ESS de découvrir comment les choses se passent ailleurs. J’ai proposé de lancer ce programme pour 3 milliards d’euros, afin de permettre un échange d’expériences entre les acteurs européens de l’ESS. C’est une manière de tisser des réseaux et de créer l’Europe de demain.

A quelles problématiques l’ESS peut-elle répondre à l’échelle européenne ? 

Je note des thématiques communes dans presque tous les pays : santé, exclusion du travail, formation, inclusion dans la société… Des sujets sur lesquels nous avons besoin d’innover : l’Europe des 40 dernières années basée sur un modèle d’État-providence n’est plus conforme au monde d’aujourd’hui. La Commission européenne a été très active sur l’ouverture des marchés, sur l’innovation technologique. Elle a joué la carte de la concurrence, par moment jusqu’à l’outrance. Elle pourrait maintenant soutenir une politique européenne d’innovation sociale. Et, pourquoi pas, créer un cadre européen de protection sociale. Par ailleurs il serait très important de créer un droit européen des sociétés de personnes, distinct des sociétés de capitaux. Enfin, la création d’un cadre législatif commun qui harmonise l’ESS en Europe me parait une priorité. A l’heure actuelle, il n’existe qu’un statut européen pour les coopératives. La France, le Portugal ou l’Espagne ont des législations pour l’ensemble du champ de l’ESS, mais ce n’est pas le cas d’autres pays, qui n’en possèdent que pour les entreprises sociales par exemple. 

La Commission européenne soutient-elle suffisamment l’ESS ? 

Il n’y a plus de politique européenne de l’ESS. Michel Banier était très impliqué sur la question à la Commission Européenne, mais il n’a plus en charge l’entrepreneurial social et l’économie sociale depuis plusieurs années. Il existe bien un Groupe d’experts de la Commission sur l’entrepreneuriat social (GECES), mais il ne bénéficie d’aucun portage politique. Les élections européennes sont une très bonne occasion de remettre le sujet sur la table. Nous aimerions qu’un commissaire européen ou un vice-président de la Commission ait dans son titre l’ESS, afin qu’il puisse prendre des initiatives et que l’économie sociale et solidaire soit inscrite dans l’agenda des décisions européennes. C’est d’autant plus urgent que l’Europe est en crise : Brexit, gilets jaunes, rejets et angoisses diverses… L’Europe doit se réinventer. Or, l’ESS est l’une des solutions.
Propos recueillis par
Hélène Corbie

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