3 questions à Axel Dauchez,
président de Make.org, plateforme de propositions citoyennes
Comment est née la plateforme WeEuropeans ?
 
Début 2019, nous avons organisé la plus grande consultation jamais organisée en Europe, en partenariat avec Civico. Une opération civique et non partisane, avec une ambition : remettre au cœur du débat public ce qui relie les européens, plutôt que ce qui les divise. Nous avons posé à 38 millions d’Européens une question ouverte : « Comment réinventer l’Europe concrètement ? ». Nous avons reçu 30.400 propositions, sélectionné celles qui font consensus et, le 22 mars, 10 citoyens ont présenté 10 propositions au Parlement Européen. Nous avons alors demandé à 200 partis politiques de prendre position sur ces 10 propositions, pour aider les Européens à choisir le bulletin de vote qui leur correspond.  

A quelle Europe rêvent les citoyens européens ?
 
Le thème le plus abordé est l’environnement, tous les pays le mentionnent : le recyclage, la protection des forêts, l’énergie renouvelable dans les villes… Autre thème, le fonctionnement et l’efficacité des institutions européennes, avec des sujets comme la lutte contre la corruption ou la transparence des élus. Le découpage territorial de certaines thématiques est intéressant. Par exemple, l’Europe de l’Ouest est très axée sur la lutte contre la fraude fiscale et la taxation des GAFA. A l’Est, on demande à l’Europe de refonder un système éducatif solide. Au Sud, on se concentre sur la politique sociale, la santé, le droit des travailleurs. La France est l’un des rares pays à manifester des inquiétudes pour l’alimentation. Globalement, les partis politiques sont en accord avec les propositions… mais en désaccord sur les moyens à mettre en œuvre. 

Comment a été accueillie la démarche WeEuropeans ?
 
Cette consultation a suscité une bouffée d’enthousiasme très forte. Le taux de participation a été bien supérieur à celui constaté chez Make.org lors d’études sur la lutte contre les violences faites aux femmes ou sur la prise en charge de nos aînés. Il y a une vraie place pour le débat d’idée en Europe. Depuis 3 ans, l’engagement à travers les partis politiques et le processus électoral recule, mais les citoyens s’engagent de plus en plus dans des opérations civiles. Dès que l’on sort des questions fermées et des logiques de partis, ils sont contents de s’exprimer. Avec WeEuropeans, les gens n’ont pas dit qu’ils voulaient plus ou moins d’Europe, ils ont dit quelle Europe ils voulaient.
Propos recueillis par
Hélène Corbie

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