Drôle de rentrée, vous ne trouvez pas ? Sur le plan de notre humanité d’abord, avec ce masque antisocial, obligatoire dans la plupart des grandes villes, qui camoufle les visages, efface les sourires et gomme tout le plaisir des relations humaines. Drôle d’époque, tout de même, où même pour la finale de la Ligue des Champions, les tribunes sont vides. Mais où l’on entend à merveille les cris des supporters… préenregistrés.

Drôle de rentrée, aussi, sur le plan politique. Avec ces multiples journées d’été, où les idées s’entrechoquent pour essayer de faire démocratie. Celles des écologistes, qui vitupèrent contre le gouvernement. Celles de l’Économie de Demain (UEED), dont Mediatico est partenaire, organisées jeudi et vendredi par le Mouves et le collectif #NousSommesDemain, qui veulent construire un chemin différent mêlant l’économie, le social et l’écologie. Ou encore celles du Medef, dont le Premier ministre fera demain l’ouverture, bien qu’il vienne de reporter d’une semaine, pour raisons sanitaires, son plan de relance de l’économie française de 100 milliards d’euros, initialement attendu aujourd’hui.

100 milliards d’euros, c’est quelque chose tout de même. Une stratégie d’investissement qui nous engage pour une dizaine d’année au bas mot et dont plusieurs grandes lignes sont déjà connues : relocaliser la production industrielle, définir des filières stratégiques, soutenir la compétitivité, stimuler la croissance, relancer le fret ferroviaire, encourager l’emploi des jeunes, remettre la planification au goût du jour… Une politique énergique, rendue nécessaire du fait de de la crise, mais qui, faute de détails, manque pour l’instant de marqueurs politiques. Fera-t-elle la part belle à la transition énergétique, aux mobilités durables, à l’inclusion sociale ou à l’égalité des chances ? Or, en matière de marqueurs politiques justement, deux éléments sont déjà venus poser question cet été. 

Le revirement d’une part de Barbara Pompili sur les néonicotinoïdes, ces pesticides tueurs d’abeilles et d’insectes, qu’elle avait pourtant elle-même fait interdire à l’Assemblée nationale en 2016. Aujourd’hui ministre de la Transition écologique et numéro trois du gouvernement, elle a voulu soutenir une filière agricole en difficulté, celle de la betterave à sucre, menacée par le virus de la jaunisse, véhiculé par les pucerons. Une filière dont la France est le premier producteur mondial. Et que la ministre connaît bien pour sa forte implantation en Picardie… sa terre d’élection. Barbara Pompili est-elle sous influence ? Déjà, pour les écologistes, son indépendance de jugement pose question. Et ce revirement pourrait en appeler d’autres. 

D’autre part, la place accordée par Jean Castex à l’économie sociale et solidaire dans son gouvernement pose également question. Le Premier ministre a choisi de ne pas conserver de Haut-Commissaire aux fonctions judicieusement interministérielles, lui préférant une secrétaire d’Etat de qualité, Olivia Grégoire, rattachée directement à Bercy. Plusieurs acteurs de l’ESS s’en sont félicités, mais celle-ci, promotrice de la loi PACTE, a tenu légitimement à adjoindre le mot « responsable » à l’intitulé de son secrétariat d’Etat. Sa préoccupation pour la transformation des entreprises « classiques » en entreprises plus vertueuses, bien qu’essentielle, laissera peu de place dans son agenda au secteur de l’économie sociale et solidaire, qui ne pèse que 10% du PIB. 

L’apparente promotion de l’ESS dans le dispositif gouvernemental cache donc une réalité inquiétante : l’économie sociale et solidaire va rapidement se retrouver confinée à Bercy, le nouveau méga-ministère de la Relance, dont la mesure des choses se chiffre désormais à coup de 100 milliards d’euros. Ce qu’il aurait fallu à l’économie sociale et solidaire, c’est un conseiller spécial à Matignon. Mais nous n’en sommes pas là. Bas les masques !

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