Les slogans sont éloquents. « Qui nous protège de la police ? ». « Stop aux lois liberticides ». « Filmez-les tous ». « On baissera nos téléphones quand vous baisserez les armes ». « Si Marine Le Pen soutient ta loi il faut te poser des questions ». « Policiers êtes-vous d’accord ? »… N’en jetons plus. Il y avait tant de pancartes samedi, à Paris, lors de la « Marche des Libertés » contre la proposition de loi « Sécurité Globale » du gouvernement. Pas moins de 45.000 manifestants à Paris et 500.000 dans toute la France, disent les organisateurs. 133.000 en France, répond… la police. Quel contraste ! Voilà cinq ans pour #JeSuisCharlie, ici même entre République et Bastille, la foule applaudissait la police armée sur les toits parce qu’elle nous défendait contre le terrorisme. Aujourd’hui, au même endroit, plusieurs panneaux clament : « J’ai peur de la police ».

La République va donc si mal qu’elle a poussé jusqu’à Mediatico dans la rue. Mais que faisait un média de l’ESS dans ce cortège, pourriez-vous demander. Je vais vous l’expliquer. D’une part, rappelons que Mediatico est un média. Par nature, attaché à la liberté d’opinion, à la liberté d’expression, à la liberté d’informer, à la liberté de la presse. Nous, journalistes, prétendons que cette liberté est l’un des piliers fondamentaux de la démocratie. Car lorsque la parole n’est pas libre, lorsque la peur pousse à l’autocensure, lorsque l’ignorance prévaut, seule demeure la loi du plus fort. D’autre part, soulignons l’engagement de Mediatico depuis sa création pour soutenir les acteurs de la solidarité, qui luttent contre les inégalités économiques, contre les fractures sociales, contre les discriminations, les injustices, les privations de liberté, l’abandon des quartiers ou le délitement du lien social. A ces maux, l’économie sociale et solidaire apporte des réponses pertinentes chaque jour. C’est pourquoi Mediatico la défend chaque jour.

A présent, récapitulons. Voilà deux semaines, évacuation de 3.000 migrants du vaste camp de Saint-Denis, au pied du Stade de France. Depuis la crise migratoire de 2015, c’est le 75e démantèlement de grande ampleur aux portes de Paris. Les associations témoignent de l’usage de gaz lacrymogène, y compris contre des enfants. Une semaine plus tard, lundi dernier, plus de 500 migrants de Saint-Denis restés sans solution tentent de s’installer symboliquement place de la République. Filmées par la presse, les violences policières pour les expulser seront jugées « choquantes » par le ministre de l’Intérieur lui-même. Puis mardi, aux abords de l’Assemblée nationale, alors qu’une manifestation contre la proposition de loi « Sécurité Globale » est en cours de dispersion par les forces de l’ordre, la police somme plusieurs journalistes de quitter les lieux sous peine d’être interpelés. Indignation. Le ministre de l’Intérieur affirme à un journaliste de France 3 qu’il aurait dû se signaler aux autorités pour pouvoir couvrir l’actualité. Tollé journalistique !

Mercredi, enfin, Michel Zecler, producteur de musique à la peau noire, sort de son studio du 17e arrondissement, sans son masque malgré le coronavirus. Grave erreur. Il subira durant 15 longues minutes les insultes racistes et les coups incessants de plusieurs fonctionnaires de police armés, sous le regard de leurs collègues immobiles observant la scène depuis la rue. C’est une caméra de vidéosurveillance qui révélera le scandale, dont les images seront publiées par le média en ligne Loopsider… C’est donc dans ce contexte qu’intervenait, samedi, la « Marche des Libertés » à laquelle participait « Mediatico », mais aussi « Le Monde », « L’Express », « Mediapart », « TV5 Monde », les « Actualités Sociales Hebdomadaires » et le « Syndicat National des Journalistes », entre autres.

La presse, largement mobilisée. Car interdire de filmer les opérations policières, comme veut l’imposer la loi « Sécurité Globale », cela ne passe pas. A l’évidence, il faut pouvoir filmer la police lorsqu’elle n’est pas républicaine pour dire la vérité, pour condamner les dérapages et empêcher les injustices. Et l’argument selon lequel des menaces de mort sont proférées à leur encontre sur les réseaux sociaux ne suffit pas à vouloir briser la démocratie : l’arsenal législatif français permet déjà d’arrêter et de juger ceux qui menacent la vie d’autrui, fussent-ils fonctionnaires de police. La France n’a pas besoin de lois d’émotions, elle a surtout besoin de renforcer son appareil judiciaire pour faire appliquer correctement ses lois. A l’inverse, la police se doit protéger les manifestants et la presse, notamment lorsque les black blocs incendient les voitures, descellent les pavés ou arrachent les palissades avant l’affrontement. « Pourquoi tu filmes, sale bâtard », lançait samedi l’un d’eux à un caméraman à mes côtés…

Enfin, hier soir, la Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels s’indignait, dénonçant « ces atteintes au droit de l’information, inacceptables dans notre démocratie ». Il est en effet inacceptable qu’une proposition de loi menace la liberté de la presse. Ou qu’un ministre de l’Intérieur exige d’un journaliste qu’il se signale aux autorités pour pouvoir couvrir une actualité. Nous sommes là dans l’imposture républicaine. La presse n’est plus aux ordres du gouvernement depuis le démantèlement de l’ORTF en 1974. Certes, elle est hélas bien trop souvent passée sous la coupe du pouvoir économique, qui la pousse aux renoncements ou à l’autocensure. Ainsi dimanche, à la « Une » du JDD, fleuron éditorial du groupe Lagardère, pas une photo, pas une ligne, pas un mot, en couverture, sur les 500.000 Français qui manifestaient la veille contre la loi « Sécurité Globale ». Comme si l’enjeu démocratique n’était pas à la hauteur. Comme si la peur de la police n’existait pas pour un demi-million de Français.

Voilà pourquoi les médias « indépendants » sont essentiels à la démocratie. Voilà pourquoi Mediatico, média de l’ESS, vous en parle aujourd’hui.

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