Peut-on vraiment changer la société, sauver le climat ou préserver les océans en faisant son jogging ? Drôle de question. C’est pourtant ce que propose Runtastic, l’application pour smartphone mondialement réputée. « Run for the oceans », proclame en effet sa dernière campagne, menée en partenariat avec Adidas. Car en cette Semaine du développement durable, la journée du samedi 8 juin sera la « Journée mondiale des océans ». Or, pour l’occasion, Adidas reversera 1 dollar pour chaque kilomètre parcouru par les joggers, dans la limite de 1,5 million de dollars, au profit de la Parley Ocean School : celle-ci sensibilise les jeunes à la collecte de déchets plastiques sur les plages – et non pas en mer – afin de les transformer en vêtements de sport. Génial, non ?

Eco-jogging, écolo-run, écotrail, marathon vert… Courir est bon pour la santé, on le savait. Désormais, c’est aussi bon pour la planète, grâce à ces « courses écologiques » à la mode ! En Ardèche, les collégiens du Pouzin participaient le 30 avril à une course d’orientation « pour le climat », avec à chaque étape des questions liées à la transition écologique. A Menton, une course pour l’océan proposait fin mars deux parcours se terminant par un grand nettoyage des plages. En 2015, année de la COP 21, 1.500 coureurs avaient déjà participé à une « Course pour le Climat » familiale, autour du Panthéon, à Paris. Pour peu que l’on sache toucher le cœur de cette communauté, le potentiel de dons est énorme : la course à pied compte 13 millions d’adeptes en France ! Mais de quels dons parle-t-on ?

En réalité, sachez-le : ces courses ne sont jamais gratuites. En 2015 à Paris, chaque participant s’inscrivait pour 8€ et recevait en échange un tee-shirt, un goûter et le bonheur de voir Reforest’Action planter un nouvel arbre dans la forêt de Millemont (78), victime de la tempête de 1999. L’an dernier à Namur, en Belgique, la course de 10 km « Je Cours Pour le Climat » reversait 2€ par coureur, pris sur les frais d’inscription, à une association de sensibilisation à l’environnement. Cessons d’être naïfs : courir ne suffit pas. Préserver la planète suppose des financements.

Pour l’opération « Run for the oceans » organisée samedi par Runtastic et Adidas, c’est différent : cette fois, nul besoin de débourser d’argent. Ouf ! Pour participer à cette course et lutter contre la pollution plastique de nos mers, Adidas demande juste de répondre à une enquête en ligne. Mais aussi de s’inscrire à sa newsletter pour recevoir un rabais de 15%. Tiens donc. En d’autres termes, Adidas collecte nos données personnelles, à des fins commerciales. Et sans le dire ouvertement. Pire, la marque aux trois bandes entretient le système de consommation actuel, largement pourvoyeur de fibres synthétiques et de plastiques en tous genres, sans nous inviter à recycler nos vêtements de sport. Tellement dommage ! Ah, on avait oublié de vous dire : en 2015, Adidas a racheté Runtastic pour 220 millions de dollars.

Alors, comment courir pour la planète sans se faire avoir ? D’abord, recycler ses vieilles chaussures avec RunCollect.fr. Puis, éviter la surenchère marketing des marques qui invitent chaque saison à la surconsommation. Mais aussi courir avec RunEcoTeam.fr en ramassant au moins un déchet sur sa route. Et bien sûr, ne pas prendre sa voiture pour aller courir ! Enfin, sur tous les marathons, bannir le plastique (bouteilles, gobelets, packaging), repenser les goodies (coton bio, pas de métal, pas de prospectus…), systématiser le bio (oranges) et les gestes de tri. Car n’oublions pas qu’une course génère une forte empreinte écologique : 50.766 coureurs et 84 tonnes de déchets pour le marathon de New York en 2017. Ou 560.000 bouteilles d’eau distribuées sur le marathon de Paris en 2018. En plastique recyclable, insiste la Ville de Paris. Un moindre mal.