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Liberté, le premier mot accroché au fronton de nos écoles. Depuis le début du siècle, jamais elle n’a semblé aussi menacée. Elle s’éteint à l’autre bout du monde, à grand bruit parfois, comme avec l’arrestation très calculée voilà dix jours d’Alexeï Navalny en Russie, principal opposant à Vladimir Poutine, contre lequel se lève désormais un vent de fronde comme jamais, après vingt ans de pouvoir sans partage. Ou comme avec ce putsch militaire, hier en Birmanie, et l’arrestation de la cheffe du gouvernement Aung San Suu Kyi, qui n’a pas empêché le massacre des Rohingyas musulmans, mais qui reçut jadis le prix Nobel de la paix et fut élue démocratiquement après vingt ans d’enfermement par la junte militaire.

Et puis, parfois, la liberté est menacée aussi en France, dans un calme déconcertant. Certes, le contexte sanitaire y est pour beaucoup, relève l’Institut international pour la démocratie : état d’urgence, couvre-feu, violences policières, interdiction de réunion, passeport vaccinal, données personnelles, fermeture des frontières… Temporairement, espérons-le. Mais en même temps, regardez ce projet de loi « séparatisme », en débat depuis hier à l’Assemblée nationale. Il veut lutter contre l’islamisme radical et le repli communautaire. L’objectif ne se discute pas, la République doit l’emporter. « Nous avons besoin de la laïcité, toute la laïcité, rien que la laïcité », écrit l’entrepreneur social Samuel Grzybowski, fondateur déjà en 2009 de l’association CoExister, qui rappelle les fondements de la laïcité dans cette vidéo Youtube.

Mais aujourd’hui, plusieurs dispositions du projet de loi « séparatisme » remettent en cause de nouvelles libertés individuelles et inquiètent les acteurs de l’économie sociale et solidaire. Limiter, voire interdire, l’instruction scolaire à domicile, en imposant un numéro d’identifiant national aux enfants qui resteraient chez eux pour mieux pouvoir les surveiller ? L’action publique se replie « dans la facilité apparente de la restriction des libertés (pour) atteindre un objectif d’intérêt général », dénonce la Défenseure des droits, Claire Hédon, par ailleurs ancienne présidente du mouvement ATD-Quart Monde. Recentrons le débat. « Il n’y aura pas de mobilisation réelle contre les dérives sectaires sans une lutte contre toutes les exclusions », écrit dans une tribune au journal Le Monde un collectif d’associations, comprenant entre autres la Ligue des Droits de l’Homme et SOS Racisme.

Encadrer de plus près toutes les associations qui touchent des subventions publiques, en exigeant qu’elles signent un « contrat d’engagement républicain » quel que soit leur champ d’action et leur public cible ? Le Mouvement associatif, qui représente avec ses membres plus de 700.000 associations en France, signe sur franceinfo une autre tribune au titre choc : « Associations présumées coupables ». Les arguments sont nets. D’une part, les associations qui reçoivent des aides publiques ne manquent pas d’être déjà encadrées par tout un arsenal réglementaire. D’autre part, les pseudo-associations prônant la radicalité violente peuvent être légalement dissoutes, les exemples ne manquent pas. Et ce, alors que « ce sont les associations, par leur diversité, leur respect de la personne, leur ouverture aux autres et leur action pour le bien commun qui ont permis la diffusion du modèle républicain », rappelle Le Mouvement associatif. Alors à quoi bon ce nouveau coup de boutoir contre le monde associatif sous la présidence d’Emmanuel Macron ?

Enfin, une autre liberté est remise en question en France aujourd’hui : celle d’informer, aussi fondamentale que la liberté associative car toutes deux sont constitutives du socle démocratique et républicain. Informer correctement, c’est permettre à chacun de forger son opinion et d’exprimer sa citoyenneté. Mediatico vous avait fait part à l’automne de cette proposition de loi « sécurité globale » du gouvernement, qui entendait restreindre la liberté des journalistes. Aujourd’hui, nous regrettons amèrement la fermeture de l’excellent Journal de l’Environnement, qui savait nous alerter sur le défi climatique, la pollution de l’eau, les émissions de CO2. Depuis hier, le journal est définitivement fermé. Rentable certes… mais pas assez, selon son propriétaire qui possède aussi le salon Actionaria. Il n’a même pas essayé de trouver un acquéreur. Les articles en hommage à la rédaction, encore en ligne dimanche soir, avaient tous disparu ce lundi. Quelle muflerie !

Une rédaction s’éteint. L’information s’appauvrit. La liberté de penser aussi. Un nouveau coup de boutoir, vous dis-je, conduit cette fois-ci par une logique financière implacable. Nos libertés sont en danger ? Il nous revient de les défendre !

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